Kagame brandit Minembwe et défie à nouveau Washington

Kagame brandit Minembwe et défie à nouveau Washington
AFP
Devant le Bureau politique élargi de son parti, réuni à l’Intare Arena de Kigali, Paul Kagame a prévenu qu’on ne le ferait pas taire. « Réduire les gens au silence, juste les faire taire, sera plus difficile que les gens ne le pensent », a lancé le président rwandais le 17 juillet 2026, selon les médias rwandais KT Press et Top Africa News, et une vidéo diffusée par le Front patriotique rwandais. « Je ne me tairai que lorsque je serai mort. C’est la seule façon de me faire taire. »
Au cœur de sa charge, une localité congolaise, Minembwe, sur les Hauts Plateaux du Sud-Kivu. Kagame y dénonce des frappes de drones « indiscriminées » menées par des « coalitions régionales et des groupes de mercenaires » contre des minorités vulnérables, « comme les Banyamulenge ». Et il décrit l’accueil réservé à ses alertes. « Quelqu’un dit, ne soulevez pas cette question, ce n’est pas votre affaire. C’est comme ces gens qu’on tue pour leur identité, ce n’est pas votre affaire. Taisez-vous, nous allons les tuer de toute façon. »
Il faut ici corriger ce que la version diffusée en RDC a ajouté. Kagame n’a pas nommé les États-Unis dans cette phrase, il a parlé d’un « quelqu’un » et de puissances étrangères. Il n’a pas non plus, contrairement à ce qui circule, « pleuré en plein jour », aucune source ne l’atteste. Et il n’a pas évoqué les Bembe, seulement les Banyamulenge, les Babembe se trouvant précisément dans la coalition adverse. Le reste, le défi et la référence à sa propre mort, est authentique et vérifiable sur la vidéo du parti.
Ce que Kagame affirme n’est pas ce qui est établi, et la distinction est le cœur du sujet. Minembwe est tenue depuis mars 2025 par l’AFC/M23 et le Twirwaneho, cette milice de la communauté banyamulenge, et assiégée par les forces congolaises. Human Rights Watch, dans un rapport du 14 avril 2026, y documente des abus commis par toutes les parties. Des frappes de drones, au moins huit entre janvier et mars, ont tué des civils banyamulenge, dont un homme de 86 ans près de Minembwe le 23 mars et un garçon de 14 ans à Fizi le 30 mars, et touché une église et une radio communautaire. L’organisation estime que le choix des cibles suggère que l’armée congolaise ou ses alliés pilotaient ces drones, sans l’établir avec certitude. Mais le même rapport impute au Twirwaneho des recrutements forcés et le blocage des civils cherchant à fuir, et aux Wazalendo des détentions arbitraires de Banyamulenge et des barrières de rançon. Il n’existe, à ce stade, aucun massacre de masse chiffré et attribué, mais un siège, des morts individuelles et une crise humanitaire que l’accès bloqué depuis plus d’un an aggrave.
Le paradoxe est dans le calendrier. Trois jours avant ce discours, le 14 juillet, le comité des sanctions des Nations unies a inscrit sur sa liste noire le colonel Charles Sematama, présenté comme le commandant militaire du Twirwaneho, ainsi que le mouvement lui-même comme entité, l’ONU leur imputant des atrocités « dont des meurtres de civils et le recrutement d’enfants ». Autrement dit, la communauté que Kagame érige en victime, le chef de sa milice armée vient d’être sanctionné par le Conseil de sécurité pour exactions. Le même jour, l’ONU inscrivait aussi Corneille Nangaa, des cadres des FDLR, des ADF et le chef du renseignement du M23. La liste frappe les deux camps.
La sortie sur Minembwe prolonge une ligne que Kagame tient depuis des mois face à Washington. Le 14 mai, au Africa CEO Forum de Kigali, il avait déjà répondu aux sanctions américaines, « cela fait mal, absolument. C’est fait pour ça », ajoutant que le Rwanda « n’a jamais capitulé dans de pires situations ». Le contexte est celui d’un accord de paix parrainé par Washington et signé le 4 décembre 2025, dont l’échéance de la mi-juillet, à laquelle les États-Unis espéraient un retrait rwandais, est passée sans effet. La cinquième réunion du mécanisme conjoint de coordination de la sécurité, tenue à Genève les 15 et 16 juillet, a réaffirmé des intentions sans acter ni la neutralisation des FDLR par Kinshasa, ni la levée des mesures défensives rwandaises.
Le procédé, enfin, est connu et documenté. Kagame relie la question banyamulenge à sa justification sécuritaire, comme il le fait avec les FDLR, ces rebelles hutu rwandais présents dans l’Est congolais. Le groupe d’experts de l’ONU a établi que les FDLR sont restées engagées aux côtés des FARDC, qu’aucune opération d’envergure ne les a neutralisées et que l’armée congolaise a continué de s’appuyer sur elles. Kigali en fait le prétexte de sa présence. La communauté internationale, en sanctionnant deux chefs FDLR le même 14 juillet, lui retire une part de l’argument selon lequel elle fermerait les yeux. Reste, sur les Hauts Plateaux, une population prise entre un siège, des drones et des milices, dont le sort ne se réglera pas à l’Intare Arena.
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