Koffi Olomidé annonce que son tout dernier album sera un album gospel
Koffi Olomidé annonce que son tout dernier album sera un album gospel, et le veut « l'un des meilleurs albums gospel congolais de tous les temps ». Ce que le mot dernier engage, et dans quelle industrie il entre.

Koffi Olomidé annonce que son tout dernier album sera un album gospel
AFP
Koffi Olomidé a annoncé que son dernier album serait un album gospel. Le chanteur congolais l’a dit dans une séquence vidéo suivie lundi par l’Agence congolaise de presse, en fixant lui-même la barre de l’ambition.
« Je pense de plus en plus à mon dernier album. Je suis en train d’y réfléchir depuis un moment. Mon tout dernier album sera un album gospel », a déclaré l’artiste. « Je pense pouvoir le dire, ce sera l’un des meilleurs albums gospel congolais de tous les temps, voire du continent. »
Il a justifié ce choix par une conviction personnelle. Persuadé que Dieu garde les yeux rivés sur lui, son fils, le chanteur a rappelé avoir dédié, tout au long de son parcours, certaines de ses chansons à Dieu, non par vantardise mais comme le témoignage sincère d’un chrétien.
Le mot qui compte n’est pas gospel, c’est dernier
La foi de l’auteur de « Loi » n’est pas une découverte, et il le dit lui-même. Ce qui est nouveau dans cette phrase tient en un adjectif : dernier. Ce n’est pas la première fois qu’il l’emploie cette année. En mai, il confiait déjà au sujet de son jubilé bruxellois : « C’est l’un de mes derniers concerts, j’ai besoin de l’amour de tous. Je n’ai plus vraiment le choix, car je vais avoir 70 ans. »
Né le 13 juillet 1956, le patron du Quartier Latin International a franchi ce cap au lendemain de son concert du Stade Roi Baudouin, le 12 juillet, présenté comme le couronnement d’un demi-siècle de carrière. Cette soirée s’est heurtée à la taille du décor, dans une enceinte dont une seule tribune avait été ouverte à la vente. L’annonce d’un album gospel prolonge donc une séquence d’adieux entamée avant l’été, plus qu’elle n’ouvre un chapitre inattendu.
Un artiste qui sort par le haut du classement
Il faut mesurer d’où vient cette sortie annoncée. En janvier 2026, le classement mensuel des vues YouTube en République démocratique du Congo plaçait Koffi Olomidé au deuxième rang, avec cinq millions de vues. En mai, il y était encore deuxième, avec plus de six millions. Sur le classement Billboard France des artistes congolais les plus écoutés, il occupe la deuxième place en 2025 comme en 2026. Dans les trois cas, un seul nom le devance, celui de Fally Ipupa.
Autrement dit, l’annonce ne vient pas d’un artiste effacé par la nouvelle vague, mais d’un deuxième qui choisit son moment. Nous avions posé la question frontalement en juillet : le mythe Koffi Olomidé est-il fini ? Les chiffres disaient non. Le calendrier, lui, dit que l’intéressé prépare sa sortie, et la hiérarchie de la rumba en 2026 reste disputée entre Fally, Ferré et lui.
Le gospel, une destination qui a ses codes
Reste le terrain choisi. Le gospel congolais est un secteur à part entière, avec ses chorales, ses églises, ses circuits de diffusion et un public qui ne se confond pas avec celui des concerts de rumba. Y entrer suppose d’en accepter les codes, à commencer par un rapport au texte et à l’assemblée que la scène profane ne pratique pas.
C’est aussi, pour un artiste dont l’œuvre a largement chanté la séduction et le paraître, un déplacement de registre que le public jugera sur pièce. La promesse est haute : le meilleur album gospel congolais de tous les temps, voire du continent. Elle est vérifiable, ce qui est rare pour une déclaration d’artiste.
Quatre éléments manquent encore : le titre du disque, sa date de sortie, la structure qui le produira, et le rôle qu’y jouera, ou non, le Quartier Latin International.
Le gospel congolais n’est pas un refuge, c’est une industrie
Le terrain choisi a une économie. Porté par l’essor des Églises, en particulier des Églises de réveil, le chant religieux est devenu au Congo un genre majeur, populaire et commercial, comme BETO l’a décrit dans sa série Congo 66. Chorales nombreuses, solistes adulés, productions soignées, et des concerts qui ressemblent à des cultes autant que des cultes qui ressemblent à des concerts.
Cette économie fait vivre des artistes et rayonner des Églises. Elle comporte aussi ses zones grises, quand la vente de disques et de places croise les promesses de prospérité et de miracle adressées à des fidèles démunis. Un artiste du volume de Koffi Olomidé qui entre dans ce circuit y arrive avec une notoriété que peu de chanteurs gospel congolais possèdent, et il y arrivera donc en position de force commerciale.
Le gospel congolais puise par ailleurs dans la même sève musicale que la rumba. Mêmes voix, mêmes guitares, même sens du rythme et de la mélodie, mis au service de la louange. Techniquement, le passage n’est pas une rupture. C’est le rapport au texte et à l’assemblée qui change, pas la grammaire musicale.
Un dernier point reste ouvert, et il n’est pas mince. Annoncer un dernier album n’est pas annoncer une dernière scène. Les deux carrières, celle du disque et celle du concert, ne s’arrêtent pas au même moment ni pour les mêmes raisons économiques. À soixante-dix ans, avec un jubilé déjà donné au Stade Roi Baudouin, Koffi Olomidé n’a dit pour l’instant qu’une chose sur la première.
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