Sept morts sur la RN1 à Bukanga-Lonzo, sur une route que ses bailleurs disent réhabilitée à moitié
Sept personnes ont été tuées sur la RN1 à Bukanga-Lonzo, dans le territoire de Kenge. Vingt-quatre heures après, aucune autorité nommée n'a confirmé le bilan, et le rapport d'exécution de la BAD ne crédite que 48,23 % du linéaire réhabilité.
Sept morts sur la RN1 à Bukanga-Lonzo, sur une route que ses bailleurs disent réhabilitée à moitié
AFP
Sept personnes ont été tuées dans la collision entre un bus de la société Arche de Noé et une voiture Toyota sur la Route nationale 1, à hauteur de Bukanga-Lonzo, dans la province du Kwango. L’accident s’est produit le mardi 28 juillet 2026 selon Radio Okapi et la Radio Télévision nationale congolaise. Toutes les victimes se trouvaient à bord du véhicule léger. Les corps ont été déposés à la morgue de Kenge en attendant leur identification. Vingt-quatre heures après les faits, ce bilan n’a été confirmé par aucune autorité nommée : ni l’administrateur du territoire, ni la police de circulation routière, ni l’hôpital général de référence de Kenge ne se sont exprimés. Les quatre médias qui ont rapporté le drame citent tous des sources anonymes, des « premières informations recueillies sur les lieux » ou des « témoignages concordants ».
Ce que ces récits ne disent pas est aussi long que ce qu’ils disent. L’heure de la collision n’apparaît nulle part. Le point kilométrique non plus, et les deux localisations disponibles ne se superposent pas : Radio Okapi situe le choc à environ un kilomètre du village de Mbangi, avant le secteur de Bukanga-Lonzo, quand ACTU30 le place à plus de cinquante kilomètres de Kenge. Le sens de circulation du bus varie d’un média à l’autre. Le nombre de passagers qu’il transportait, le nombre de blessés et le sort de ses occupants restent inconnus. La RTNC l’écrit explicitement : « Aucune information officielle n’a encore été communiquée sur d’éventuelles victimes ou blessés à bord du bus. » La cause avancée, l’évitement de deux nids-de-poule, provient de témoins anonymes et d’aucun constat.
Le lieu, lui, est établi, et par un document que personne n’a cité. Le secteur de Bukanga-Lonzo porte le code 3204401 dans la nomenclature officielle des entités administratives publiée par l’Institut national de la statistique, et il relève du territoire de Kenge, sous le code 3204. Ce n’est pas un détail de géographie administrative : c’est l’autorité compétente pour ouvrir une enquête et arrêter un bilan. Ce n’est pas non plus la première fois que ce tronçon tue. Le 10 mai 2026, une jeep Toyota qui roulait de Kinshasa vers Kikwit avait percuté une moto entre Bukanga-Lonzo Mission et Bukanga-Lonzo Secteur, faisant trois morts, le motard et ses deux clients, selon la RTNC. Là encore, la seule source citée était la police locale, sans nom.
Une route financée deux fois, comptée à moitié
La RN1 entre Kinshasa et Batshamba, 622 kilomètres, fait l’objet d’un chantier de réhabilitation financé par le Fonds africain de développement à hauteur de 70,2 millions de dollars. En août 2025, la Banque africaine de développement publiait un récit de réussite sur cet axe, où un transporteur, Modeste Mafangala, déclarait : « Avant, c’était très difficile de partir d’ici jusqu’à Kinshasa. On pouvait passer une à deux semaines sur la route. Mais maintenant, la route est bonne. » Le rapport d’exécution de la même institution, arrêté au 5 février 2026 après une mission de terrain menée en décembre 2025, donne un chiffre plus sobre : 300 kilomètres de route couverts sur une cible de 622, soit 48,23 %, pour un décaissement de 42,16 millions d’unités de compte, ou 83,38 % de l’enveloppe. Le dernier décaissement doit intervenir au plus tard le 30 août 2026. Le même rapport note que « les points chauds ou zones difficiles ont été attaqués et des travaux provisoires ont été effectués ».
L’État connaît la fragilité de cet axe. En septembre 2025, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, inspectait la RN1 et demandait « une cartographie complète des zones érosives le long de la RN1, en particulier dans le Kwilu ». Il relevait alors qu’à Kenge, au point kilométrique 276+600, une érosion menaçant le camp Kikwit n’était que partiellement maîtrisée par un collecteur de 298 mètres, et que les travaux de l’Office des routes y étaient réalisés à 70 %, faute de financement complémentaire. Le pont sur le Kwango, au point kilométrique 200, avait vu une pile s’affaisser avant d’être stabilisé. Le ministre justifiait l’installation de glissières de sécurité en rappelant que « le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, attache une grande importance à la protection des personnes et de leurs biens ».
Ce que coûte la route en RDC est mal connu, et c’est un fait en soi. Le profil pays de l’Organisation mondiale de la santé, publié en 2023 sur les données de 2021, indique 3 364 décès routiers déclarés par les autorités congolaises, contre 15 615 décès estimés par l’organisation, dans un intervalle de confiance de 12 655 à 18 574. L’écart va de un à plus de quatre. Le taux estimé s’établit à 16,3 décès pour 100 000 habitants, et 52 % des tués déclarés sont des piétons. Le même document répond « non » à trois questions : existe-t-il une stratégie nationale de sécurité routière, des investissements dédiés à la reprise des points noirs, une procédure systématique d’audit des routes neuves. La vitesse maximale hors agglomération est fixée à 90 kilomètres à l’heure.
Aucune statistique publique n’existe pour le Kwango. La Commission nationale de prévention routière ne publie pas de données nationales, et les seules séries provinciales accessibles concernent le Haut-Katanga : 1 441 accidents à Lubumbashi en 2025 contre 1 203 en 2024, pour 158 décès, puis 846 accidents et 107 décès dans la province entre janvier et mai 2026. « Selon ces statistiques, de 2024 à 2025 il y a hausse de de 238 cas d’accidents de circulation routière, soit un taux de 19,78% », déclarait à l’Agence congolaise de presse Christophe Liya Balimwacha, chargé de la technique à l’antenne provinciale de la commission dans le Haut-Katanga. Rien d’équivalent n’existe pour l’axe où sept personnes viennent de mourir.
Le bilan de Bukanga-Lonzo ne deviendra un chiffre officiel que le jour où le territoire de Kenge ou la police de circulation routière l’arrêtera. C’est ce document, et le constat qui l’accompagnera, qui diront si la chaussée est en cause.
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