La RDC élue au Conseil de sécurité de l’ONU : qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
La RDC élue au Conseil de sécurité de l’ONU : qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
AFP
Le 3 juin 2025, la République démocratique du Congo a été élue membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, avec 183 voix sur 193. Cette victoire diplomatique, largement saluée à Kinshasa et au sein des cercles panafricains, intervient dans un contexte où le pays fait face à de multiples défis internes — notamment l’insécurité persistante dans l’Est — mais entend également jouer un rôle accru sur la scène internationale.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Le Conseil de sécurité de l’ONU est l’organe exécutif chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il se compose de 15 membres, dont 5 permanents (États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni) et 10 membres non permanents, élus pour deux ans sur une base régionale.
Être élu membre non permanent donne à un État :
- Un droit de vote sur les résolutions concernant les conflits armés, les sanctions internationales, le déploiement des Casques bleus ou l’autorisation d’opérations militaires.
- Une visibilité diplomatique accrue, permettant au pays de faire entendre sa voix sur les crises internationales, y compris celles touchant directement l’Afrique.
- Une possibilité d’influencer l’agenda, même si les décisions clés restent dominées par les membres permanents qui détiennent un droit de veto.
À quoi sert cette élection pour la RDC ?
- Renforcer son image internationale : Dans un contexte de guerre à l’Est, de désinformation régionale et de compétition diplomatique avec le Rwanda, cette élection est un atout symbolique et stratégique. Elle positionne la RDC comme un acteur responsable, capable de contribuer aux débats globaux sur la paix, au-delà de ses propres frontières.
- Mettre à l’agenda les conflits africains oubliés : Le Conseil est souvent critiqué pour son inaction ou son désintérêt vis-à-vis de certaines crises africaines. En tant que membre, la RDC pourra relayer les voix de l’Afrique centrale, du Sahel ou de la Corne de l’Afrique, souvent reléguées au second plan.
- Plaider pour une réforme du système onusien : Kinshasa pourra se joindre aux pays africains qui militent pour une réforme du Conseil, afin d’accorder à l’Afrique une place permanente avec droit de veto.
- Gagner des appuis diplomatiques : Les deux années au Conseil sont l’occasion d’intensifier les partenariats avec les puissances émergentes (Inde, Brésil, Indonésie) ou les membres permanents, en consolidant sa diplomatie économique, sécuritaire et environnementale.
Comment fonctionne le processus d’élection ?
Chaque année, cinq nouveaux membres non permanents sont élus par l’Assemblée générale de l’ONU. Les pays candidats doivent obtenir les deux tiers des voix (soit 129 voix sur 193). La RDC, qui représentait le groupe des États africains cette année, a remporté 183 voix, signe d’un large consensus.
Les pays sont élus par groupe régional : Afrique, Asie-Pacifique, Europe orientale, Amérique latine et Caraïbes, Europe occidentale et autres États. Cette répartition vise à garantir un minimum de représentativité mondiale.
Limites et réalités
Siéger au Conseil de sécurité ne garantit pas l’influence automatique. La RDC devra :
- Se doter d’une diplomatie active et préparée, avec une mission permanente bien outillée à New York.
- Construire des alliances tactiques, notamment avec les pays du Sud global, pour peser dans les débats.
- Gérer l’équilibre entre ses intérêts nationaux (sécurité dans l’Est, justice internationale, protection de sa souveraineté) et les attentes multilatérales.
Un levier à ne pas gaspiller
L’entrée de la RDC au Conseil de sécurité est une opportunité historique. À condition de ne pas en faire un simple trophée symbolique. Ce siège doit devenir un levier d’influence, un moyen de plaidoyer pour la paix, et une plateforme pour mobiliser la solidarité internationale autour des drames que traverse le Congo et sa sous-région.
L’histoire jugera si Kinshasa aura su transformer ce mandat en victoire diplomatique réelle — ou si, une fois encore, les grandes causes africaines auront été noyées dans les eaux calmes mais profondes de la diplomatie new-yorkaise.