Concentrés de cuivre et de cobalt : l’interdiction d’exporter touche 2,6 % des ventes
Un arrêté interministériel du 29 juin interdit l'exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Au premier trimestre 2026, le concentré représentait 2,6 % du cuivre métal exporté, et le cobalt part déjà sous forme d'hydroxyde.
Les anodes de cuivre. ©️Dado Galdieri/Bloomberg
AFP
Un arrêté interministériel du 29 juin 2026 interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Le texte est signé par trois membres du gouvernement, le ministre des Mines Louis Kabamba Watum, le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku Kahongya et le ministre de l’Économie Daniel Mukoko Samba. Sa formule est sans détour. « L’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt est interdite », écrivent les trois ministres. L’effet est immédiat, et le ministre des Mines peut accorder des dérogations d’un an dans des circonstances qu’il juge stratégiques.
La portée réelle de la mesure se lit dans la structure des exportations. Au premier trimestre 2026, la République démocratique du Congo a exporté 696 725 tonnes de cathodes de cuivre et 53 926 tonnes de concentrés, ces derniers contenant 18 863 tonnes de cuivre métal. Rapporté au total du métal sorti sous ces deux formes, le concentré pèse 2,6 %. L’interdiction ne referme pas la porte principale, elle ferme la dernière fenêtre.
Le volet cobalt obéit à la même arithmétique. Le pays exporte son cobalt sous forme d’hydroxyde, un produit intermédiaire déjà transformé, et non sous forme de concentré : 51 940 tonnes d’hydroxydes au premier trimestre, contenant 17 054 tonnes de cobalt métal. Interdire le concentré de cobalt revient donc à interdire un flux que les opérateurs ont déjà quitté.
Une obligation qui date de 2018
L’arrêté n’invente rien. Le code minier révisé du 9 mars 2018 pose déjà l’obligation à son article 108 bis. « Le titulaire d’un droit minier d’exploitation est tenu de traiter ou de faire traiter les substances minérales en produits marchands », dispose ce texte. L’article 342 bis accordait trois ans aux titulaires en cours de validité pour s’y conformer, délai échu en 2021.
L’histoire réglementaire explique pourquoi le texte revient. Deux arrêtés interministériels, le 8 juillet 2017 puis le 21 novembre 2018, avaient déjà interdit ces exportations, en les assortissant chaque fois de moratoires justifiés par le déficit énergétique du Katanga. Une lettre du ministre des Mines du 22 février 2020 a levé le moratoire, avec effet au 22 août de la même année. Depuis, l’obligation existait dans la loi sans instrument pour la faire appliquer. Le cobalt, lui, a connu une autre trajectoire, de la suspension des exportations aux quotas puis à la confiscation des quotas non utilisés.
Ce que l’arrêté ajoute tient dans son second volet, fiscal. Les sous-produits miniers qui portent une valeur marchande entrent dans un régime propre, avec un coefficient de valorisation de 55 % appliqué aux minéraux traces et ultra-traces récupérés à l’affinage. La disposition vise ce que les cargaisons emportent en plus du métal principal, un point devenu sensible depuis les travaux publiés fin juillet sur l’uranium contenu dans le cobalt congolais.
Ce que le pays raffine déjà
Les chiffres de l’institut géologique américain situent l’enjeu. En 2025, la RDC a extrait 3,2 millions de tonnes de cuivre et en a raffiné 2,8 millions sur son sol, soit 87 % de sa production minière. Elle a produit 230 000 tonnes de cobalt, 73 % du total mondial. La comparaison qui compte est ailleurs : la Chine a extrait 1,8 million de tonnes de cuivre la même année et en a raffiné 14 millions, près de huit fois davantage. C’est ce différentiel, et non le concentré congolais, qui décide de la répartition de la valeur ajoutée.
Les dérogations diront le reste. Kamoa-Kakula, exploité par Ivanhoe Mines et Zijin Mining, en bénéficie de façon répétée depuis 2021, le temps que ses fours de Kolwezi montent en régime. Le projet minier de Kipushi en a obtenu une pour ses concentrés de zinc. Un texte dont l’application dépend d’autorisations annuelles délivrées au cas par cas se juge sur la liste de ceux qui les obtiennent, et cette liste n’est pas publique.
Le calendrier place la mesure dans une séquence plus large. L’Institut de recherche en droits humains, dans un mémorandum adressé le 6 août au chef de l’État, situe le moment dans un contexte marqué par « une forte demande internationale en minerais stratégiques et par la décision du Gouvernement d’accroître la production nationale de cuivre de 500 000 tonnes », consécutive à la signature du projet Vault avec les États-Unis. Produire un demi-million de tonnes de plus et interdire d’en sortir la fraction non transformée relèvent de la même équation : le pays parie sur des capacités d’affinage qu’il lui reste à construire.
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