Martin Fayulu : la voix d’un nationalisme intransigeant
L’opposant Martin Fayulu devant la presse à Kinshasa. Février 2021— Photo ©️AFP
AFP
Lorsque l’histoire s’accélère, lorsque la République démocratique du Congo vacille sous les coups de boutoir du M23/RDF et de l’ombre rwandaise, il est des voix qui s’élèvent au-dessus du tumulte. Ce 2 juin, mettant de coté tous les désaccords du passé, Martin Fayulu s’est adressé au président Félix Tshisekedi et à l’ensemble des Congolais. Mais plus qu’un simple message, c’était un serment : le Congo d’abord. Et toujours.
« Vous avez le devoir de ne pas laisser notre génération être celle qui verra le Congo se désintégrer », a martelé le leader de l’ECiDé et de la coalition Lamuka. Pas de faux-semblants. Pas de compromissions. Un appel à la responsabilité patriotique, à l’image des pères fondateurs dont il se réclame. À travers ses mots, on entend l’écho de Joseph Kasa-Vubu, ce président qui, à la veille de l’indépendance, lançait : « Le Congo est désormais maître de ses destinées, et nul ne doit s’autoriser à piétiner sa souveraineté. »
Martin Fayulu ne transige pas sur ce principe. C’est là, sans doute, ce qui fait de lui une figure à part dans un paysage politique rongé par les calculs à courte vue et les alliances de circonstance. Là où d’autres se contentent de colmatages politiques, lui veut remettre le Congo au centre.
Ce nationalisme, il ne le clame pas pour séduire l’opinion ou pour masquer ses faiblesses. Il l’érige en principe cardinal : la nation avant tout. Il le prouve en interpellant sans détour Corneille Nangaa, à qui il intime de cesser de « collaborer avec ceux qui massacrent les Congolais ». Et à Joseph Kabila, il intime de quitter Goma et de rompre avec « les bourreaux du peuple congolais ».
Cette fermeté rappelle Patrice Lumumba, qui, dans l’instant fiévreux de l’indépendance, déclarait : « Nous ne sommes plus vos singes. Nous ne sommes plus vos jouets. Nous voulons la paix, mais nous la voulons dans la dignité. » C’est cette dignité que Martin Fayulu veut rendre aux Congolais. La dignité de décider seuls de leur destin. La dignité de refuser que la RDC redevienne un simple terrain de jeu pour puissances étrangères et politiciens en quête de postes.
En politique, la posture nationaliste est souvent accusée de rigidité. Mais dans le contexte congolais, où la menace de balkanisation est plus réelle que jamais, la fermeté de Fayulu sonne comme un antidote salutaire. Son appel au dialogue direct avec le président Tshisekedi n’est pas un signe de faiblesse, mais la marque d’un homme d’État qui croit que seule la vérité et l’honnêteté peuvent sauver un pays au bord du gouffre.
À l’heure où certains cèdent aux sirènes des compromis faciles, Martin Fayulu rappelle que l’unité et la souveraineté sont des lignes rouges. En cela, il s’inscrit dans la lignée des pères de l’indépendance. À la manière de Kasa-Vubu et Lumumba, il assume la part la plus exigeante de la politique : celle qui place l’intérêt national au-dessus de tout.
On peut débattre de ses méthodes, de ses alliances, de ses chances dans un paysage politique incertain. Mais une chose est sûre : Martin Fayulu a choisi son camp. Celui du Congo avant tout. Et, dans cette fidélité à l’idéal nationaliste, il force le respect. À chacun, maintenant, de se demander s’il est prêt à en faire autant.
Odon Bakumba