Économie Mines : Tshisekedi ordonne aux régies de ménager les compagnies, après les scellés sur Glencore
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Mines : Tshisekedi ordonne aux régies de ménager les compagnies, après les scellés sur Glencore

Mines : Tshisekedi ordonne aux régies de ménager les compagnies, après les scellés sur Glencore
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 14 JUILLET 2026 - 11:55 WAT · 5 min de lecture

Une semaine après avoir laissé le fisc mettre sous scellés les installations d’un géant du cuivre, le chef de l’État siffle la fin de la partie. Réuni en Conseil des ministres le vendredi 10 juillet 2026 à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a ordonné aux régies financières de cesser les mesures coercitives excessives contre les entreprises minières, avertissant que ce zèle menace la compétitivité du secteur et la confiance des investisseurs. L’arbitrage illustre le dilemme permanent d’un État qui veut tirer davantage de recettes de son sous-sol sans faire fuir ceux qui l’exploitent.

Selon le compte rendu du Conseil consulté par l’agence Reuters, le président a dénoncé les saisies récurrentes de comptes bancaires, les gels d’actifs et les charges fiscales imprévisibles qui alourdissent les coûts des opérateurs. Il a demandé aux ministères de l’Économie, des Finances et des Mines, ainsi qu’aux régies, de veiller à ce que les actions de recouvrement soient légalement justifiées et employées à titre exceptionnel, en privilégiant le dialogue et la conciliation. « Notre ambition reste de bâtir un secteur minier compétitif et transparent, créateur de valeur durable. Cela exige un environnement juridique stable, des décisions administratives prévisibles et un dialogue permanent entre l’État et les opérateurs économiques », a déclaré Félix Tshisekedi.

Le contexte immédiat donne à ces mots une résonance particulière. Le jeudi 9 juillet, la Direction générale des impôts avait placé sous scellés les installations de Kamoto Copper Company, filiale à 70 % de Glencore à Kolwezi, dans le Lualaba, pour des arriérés que l’administration évalue à près de trois milliards de dollars. Le groupe suisse conteste ces créances et a fait savoir, le lundi, qu’il « poursuit le dialogue avec les autorités, tout en contestant tout manquement ». La présidence n’a pas précisé si la directive du chef de l’État était liée à ce contentieux, et n’a pas répondu aux sollicitations, ce qui invite à ne pas surinterpréter le lien.

Ce recul s’inscrit pourtant dans une séquence de durcissement que l’État avait lui-même engagée. En octobre 2025, un audit de la Cour des comptes affirmait que plusieurs grands miniers, dont le chinois CMOC et Glencore, mais aussi Ivanhoe, Sicomines et le groupe kazakh ERG, avaient sous-déclaré 16,8 milliards de dollars de revenus entre 2018 et 2023, réduisant d’autant leurs versements obligatoires aux fonds de développement communautaire prévus par le code minier de 2018. « En pratique, 70 % des entreprises n’ont pas respecté cette réglementation, et c’est un manque à gagner énorme pour l’État congolais », résumait alors le procureur général Jean Chris Mubanga Musuyu. Les entreprises visées ont nié, invoquant des interprétations divergentes des textes.

Le geste présidentiel se prête ainsi à deux lectures que rien ne permet de trancher. Pour les marchés, c’est un signal d’apaisement, la garantie qu’un investisseur ne verra pas ses comptes gelés du jour au lendemain. Pour une partie de la société civile, c’est l’aveu que les régies ont parfois outrepassé la mesure, transformant le recouvrement légitime en harcèlement contre-productif. Les deux peuvent être vraies à la fois, et c’est tout le malaise d’un pays qui réclame son dû à des multinationales dont il redoute le départ.

Car le paradoxe congolais reste entier. Premier producteur mondial de cobalt et deuxième fournisseur de cuivre, la RDC demeure l’un des pays les plus pauvres de la planète, avec un revenu moyen d’environ 580 dollars par habitant et par an. Son secteur minier est dominé par des acteurs étrangers, chinois, suisse, kazakh ou canadien, et l’État peine à convertir la richesse du sol en recettes publiques et en développement. C’est cette équation que Kinshasa tente de résoudre depuis des années, entre relèvement de la redevance, suspension puis mise sous quotas des exportations de cobalt, et récente loi sur le contenu local, alors que son cuivre commence à rouler vers l’Atlantique.

Dans une seconde directive du même Conseil, le président a d’ailleurs ordonné le retrait immédiat des militaires et policiers illégalement postés sur les sites miniers, estimant que ces pratiques alimentent la fraude, la contrebande et l’insécurité tout en ternissant l’image du pays. La mesure, saluée par les services de l’artisanat minier, vise le même objectif que l’appel à la modération fiscale, rendre le secteur plus lisible et plus attractif.

Reste la question de fond, que l’arbitrage du 10 juillet ne résout pas. En demandant à ses régies de lever le pied au moment même où elles réclamaient trois milliards de dollars à un seul opérateur, l’État congolais dit sa fragilité autant que sa prudence. Il veut à la fois encaisser et rassurer, corriger l’excès sans renoncer à ses milliards. Entre la souveraineté fiscale qu’il proclame et la dépendance aux investisseurs qu’il subit, la RDC cherche encore le point d’équilibre.

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B
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