Ebola en RDC : MSF détient un tiers des lits de toute la riposte congolaise
Six centres de traitement, plus de 400 lits, 1 400 personnes mobilisées dans cinq provinces. Sur cinq patients admis, un seul était porteur du virus.
Photo d'illusions de la prise en charge médicale d'un blessé de guerre par l'un des médecins MSF— crédit photo MSF
AFP
Médecins sans frontières gère six centres de traitement Ebola et des unités d’isolement totalisant plus de 400 lits. L’organisation précise que ce volume représente un tiers de l’ensemble des lits disponibles pour toute la riposte Ebola en République démocratique du Congo. Une seule organisation non gouvernementale tient donc le tiers de la capacité d’hospitalisation d’une riposte nationale.
Le calcul qui en découle mérite d’être posé : si 400 lits font un tiers, la riposte tout entière en compte environ 1 200, pour six provinces et 56 zones de santé touchées, et près de 2 500 morts en cent jours.
Mille quatre cents personnes mobilisées
MSF intervient dans cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo et le Haut-Uélé. Plus de 1 400 membres de son personnel sont mobilisés. Depuis le début de l’épidémie, ses équipes ont admis plus de 2 000 patients, dont plus de 800 ont été confirmés atteints de la maladie.
Ce dernier rapport en dit long sur le travail réel d’un centre de traitement. Sur cinq personnes admises, une seule était effectivement porteuse du virus. Les quatre autres présentaient des symptômes compatibles et devaient être isolées le temps du diagnostic. C’est ce tri, invisible dans les bilans, qui consomme l’essentiel des lits et du personnel.
Ce que cette part révèle
Qu’une organisation étrangère détienne un tiers des lits n’est pas en soi une critique de l’État congolais : c’est la règle dans les urgences sanitaires de cette ampleur, et MSF dispose d’une capacité de déploiement rapide que peu d’acteurs possèdent. Mais cette part dessine une dépendance, et une dépendance se mesure au moment où elle cesse.
Cette question se pose d’autant plus que l’OMS maintient l’urgence de santé publique de portée internationale et que son comité d’urgence s’est réuni le 18 août. Le pays a par ailleurs démontré sa capacité à monter en charge sur d’autres maillons : il est passé d’un laboratoire à seize pour le dépistage.
MSF plaide d’ailleurs pour que l’effort se déplace des lits vers les communautés. « Les centres de traitement restent essentiels pour sauver des vies, mais cette réponse nécessite bien plus que des lits supplémentaires », dit le docteur Javid Abdelmoneim, président international de l’organisation.
Deux données manquent pour situer cette part avec certitude. Le ministère de la Santé publique n’a pas publié le nombre total de lits de la riposte ni leur répartition par province, et la liste des organisations qui gèrent les centres restants n’est pas rendue publique.