Mpox au Kasaï : neuf zones de santé touchées, et des décomptes officiels qui ne concordent pas
Neuf zones de santé, 77 cas suspects, 16 confirmés et trois décès au 17 septembre. Cinq mois et demi après la fin déclarée de l’urgence nationale, le Kasaï redéclare une épidémie, avec deux bilans officiels du même jour qui ne disent pas la même chose.
Mpox au Kasaï : neuf zones de santé touchées, et des décomptes officiels qui ne concordent pas
AFP
Neuf zones de santé de la province du Kasaï sont désormais touchées par le mpox, avec 77 cas suspects, 16 cas confirmés et trois décès. Ce bilan a été présenté le jeudi 17 septembre au conseil des ministres provincial réuni à Tshikapa, et rapporté le 20 septembre par Radio Okapi. Il arrive cinq mois et demi après la cérémonie du 2 avril à Kinshasa où le gouvernement avait déclaré la fin de l’épidémie de mpox comme urgence nationale.
À la trente-septième semaine épidémiologique, la zone de santé de Luebo reste l’épicentre avec 38 cas suspects, 13 confirmés et les trois décès. Mushenge suit avec 13 cas suspects et trois confirmés. Kanzala en compte onze, Mikope six, Kalonda Ouest trois, Kamuesha deux, Kitangwa deux, Ndjoko-Punda un et Tshikapa un.
Le mpox n’est pas seul. Le ministère provincial de la santé signale onze cas suspects de fièvre jaune dans quatre zones de santé de la même province.
Le gouverneur nomme cinq zones, le bilan du même jour en nomme neuf
Le 17 septembre, l’exécutif provincial a rendu publique la confirmation officielle de l’épidémie. « Peuple Kasaïen, notre province fait face à une urgence de santé publique suite à une résurgence de l’épidémie de Monkey Pox autrement appelée Variole du singe », écrit le gouverneur Crispin Mukendi Bukasa dans son message à la population, repris par l’ACP. Il y nomme cinq zones de santé : Mushenge, Kanzala, Dekese, Luebo et Ilebo.
Le bilan présenté le même jeudi au conseil des ministres provincial en nomme neuf. Les deux listes ne se recoupent que sur trois noms. Dekese et Ilebo, cités par le gouverneur, n’apparaissent pas dans le décompte par zone ; six autres y figurent, qui ne sont pas dans le message officiel. Les deux documents datent du même jour et émanent de la même province.
Huit décès le 10 septembre, trois le 20
C’est le second écart, et il porte sur les morts. Le 10 septembre, le ministère de la Santé publique annonçait pour la seule zone de Luebo 74 cas notifiés depuis la trente-cinquième semaine épidémiologique, dont huit décès, et six aires de santé touchées sur les 26 que compte la zone. Dix jours plus tard, le bilan provincial donne pour cette même zone 38 cas suspects, 13 confirmés et trois décès.
Autrement dit, le total de la province au 20 septembre, 77 cas suspects, dépasse à peine celui de la seule zone de Luebo dix jours plus tôt, et le nombre de décès y a été divisé par près de trois. Un changement de base de comptage l’expliquerait, cumul depuis la trente-cinquième semaine d’un côté, cas actifs de la trente-septième de l’autre, ou reclassement de cas suspects après retour de laboratoire. Aucune des deux communications ne le précise, et aucune autorité n’a expliqué l’écart.
Le premier signalement chiffré portait déjà la même marque. Le 1er septembre, l’ACP faisait état de plus de vingt cas suspects dont un décès à Luebo. Le lendemain, Radio Okapi en comptait 22 et trois décès. Vingt-quatre heures d’écart, la même zone de santé, deux bilans différents. Le choléra avait donné cet été quatre décomptes officiels qui ne concordaient pas.
Ce que décrivent les soignants de Luebo
Les épicentres se situent dans les aires de santé de Kambangoma et de Mukwandjanga, à une vingtaine de kilomètres du bureau central de la zone de santé.
« Nous avons reçu principalement des cas présentant des complications et qui ont été transférés. Nous disposons de quelques équipements, mais nos moyens restent très limités. La maladie touche toutes les catégories d’âge, y compris les nourrissons de deux ou trois mois », déclarait Clémence Ayindu, superviseure de l’hôpital général de référence de Luebo, à l’ACP le 1er septembre. Elle décrivait aussi ce qui retient les malades chez eux : « Certains patients hésitent à venir à l’hôpital, notamment parce qu’ils craignent de ne pas savoir comment se nourrir ou se loger une fois sur place. »
Son confrère Serge Ntumba, médecin traitant du même hôpital, visait un autre obstacle : « Lorsqu’une épidémie de ce genre survient, certaines personnes pensent qu’il s’agit d’une maladie mystérieuse ou d’un mauvais sort. Nous insistons donc sur le fait qu’il s’agit d’une maladie réelle, contagieuse, mais qui peut être prise en charge. »
Le 2 septembre, le médecin chef de la zone de santé de Luebo, Moïse Lukuna, rappelait à Radio Okapi la limite de tout décompte au stade des prélèvements : « On ne peut pas dire que c’est telle maladie avec précision pendant que le laboratoire n’a pas encore confirmé. » Les échantillons étaient alors envoyés à l’Institut national de recherche biomédicale, dont le réseau provincial est précisément l’objet du chantier ouvert par le gouvernement en septembre.
Ce que la riposte a engagé
Un lot de médicaments et des moyens de riposte ont été acheminés vers Luebo, et des équipes de riposte rapide devaient être déployées à partir du 10 septembre en appui aux équipes provinciales.
« Cette flambée a pratiquement affecté six aires de santé sur les 26 que compte la zone de santé de Luebo », précisait ce jour-là Christian Ngandu, médecin chargé de la riposte contre le mpox au ministère de la Santé publique. Il annonçait un élargissement : « Nous allons également renforcer la surveillance. Et cela ne concernera pas seulement Luebo, mais l’ensemble de la province, voire du pays. » Le ministère prévoyait d’évaluer les possibilités de vaccination à Luebo à partir des vaccins déjà utilisés lors des précédentes opérations de riposte.
Le 7 septembre, la coordination stratégique de la trente-sixième semaine épidémiologique, tenue à l’Institut national de santé publique, avait placé le Kasaï au centre de ses travaux.
Ce que la fin de l’urgence avait acté
Le 2 avril, à Kinshasa, le ministre de la Santé publique Roger Samuel Kamba annonçait l’arrêt de l’épidémie de mpox en tant qu’urgence nationale, après près de 124 000 cas cumulés et un passage de 2 400 cas par semaine au début de 2025 à 170 au moment de la déclaration. Il ajoutait alors qu’« une surveillance épidémiologique se poursuit afin d’éviter toute résurgence de la maladie ».
C’est cette phrase que le Kasaï teste aujourd’hui. La fin d’une urgence nationale n’est pas la fin d’une maladie : elle déplace la charge du niveau central vers les provinces, là où les moyens sont ceux que décrit la superviseure de Luebo. La province sort par ailleurs d’une autre épreuve, l’épidémie d’Ebola de Bulape, en territoire de Mweka, déclarée terminée neuf mois plus tôt. Nous avons expliqué pourquoi la RDC reste l’épicentre des grandes épidémies, et le Nord-Kivu affichait au 19 septembre 95,6 % d’occupation de ses lits Ebola.
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