En clair Ebola, mpox, choléra… Pourquoi la RDC reste-t-elle l’épicentre des grandes épidémies ?
En clair

Ebola, mpox, choléra… Pourquoi la RDC reste-t-elle l’épicentre des grandes épidémies ?

Ebola, mpox, choléra… Pourquoi la RDC reste-t-elle l’épicentre des grandes épidémies ?
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 5 JUILLET 2026 - 20:23 WAT · 5 min de lecture

L’épidémie d’Ebola qui sévit actuellement rappelle une réalité que les Congolais connaissent trop bien. Le virus n’est pas un phénomène nouveau. Depuis la première apparition de la maladie en 1976, sur les rives de la rivière Ebola, le pays a affronté de nombreuses flambées épidémiques. Entre-temps, d’autres maladies sont venues éprouver son système de santé, notamment le choléra, la rougeole, et plus récemment, la mpox.

Cette succession de crises ne relève ni de la fatalité ni du hasard. Elle est le résultat d’un ensemble de facteurs géographiques, environnementaux, économiques et institutionnels qui font de la RDC un terrain particulièrement vulnérable aux maladies infectieuses.

Le facteur géographique et sécuritaire

Le premier facteur est géographique. Avec un territoire immense couvert en grande partie par la forêt équatoriale, la RDC abrite une biodiversité exceptionnelle. Cette richesse naturelle favorise également les contacts entre les populations humaines et certaines espèces animales susceptibles d’héberger des virus transmissibles à l’homme. La déforestation, l’exploitation minière, l’expansion des zones agricoles et les déplacements de populations accentuent ces interactions, augmentant le risque d’apparition de nouvelles maladies.

Mais la géographie ne suffit pas à expliquer la récurrence des épidémies. Le véritable défi réside dans les fragilités du système de santé. Dans de nombreuses zones rurales, les structures sanitaires restent insuffisantes, parfois éloignées de plusieurs dizaines de kilomètres des populations. Les laboratoires spécialisés demeurent peu nombreux, les équipements médicaux sont souvent limités et les ressources humaines qualifiées restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins.

Les conflits armés dans l’Est du pays aggravent encore cette situation. En avril et mai derniers, les affrontements entre l’armée congolaise (FARDC) et l’AFC/M23 dans les Hauts plateaux de Fizi (Sud-Kivu) ont attisé des tensions intercommunautaires anciennes. Cette escalade a provoqué de nouveaux déplacements massifs, portant le nombre de personnes déplacées dans la région à près de cinq millions, dont 1,9 million au Sud-Kivu et au Maniema, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Dans ces conditions, contenir rapidement une flambée devient un défi permanent. Le choléra illustre parfaitement cette réalité. Cette maladie prospère là où l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène demeure insuffisant. Chaque saison des pluies rappelle que la lutte contre le choléra ne dépend pas uniquement des hôpitaux, mais aussi des investissements dans les infrastructures de base. Construire un réseau d’eau potable peut parfois sauver davantage de vies que l’ouverture d’un nouveau centre de traitement.

La mpox, quant à elle, montre que les défis sanitaires évoluent avec les transformations sociales et environnementales. Les mobilités croissantes, l’urbanisation rapide et les échanges transfrontaliers favorisent désormais une circulation plus rapide des agents pathogènes, rendant indispensable une surveillance sanitaire moderne et réactive.

L’atout de l’expertise congolaise

Pour autant, réduire la RDC à un simple foyer de maladies serait profondément injuste. Le pays est aussi devenu un acteur majeur de la recherche mondiale sur les maladies infectieuses. Des chercheurs congolais ont développé une expertise reconnue dans la détection précoce des épidémies, la prise en charge des patients et les campagnes de vaccination. À plusieurs reprises, les expériences acquises sur le terrain congolais ont permis d’améliorer les stratégies internationales de lutte contre Ebola et d’autres maladies émergentes.

Cette expertise constitue un atout considérable. Pourtant, elle reste trop souvent mobilisée dans l’urgence plutôt que consolidée dans une politique durable de renforcement du système de santé. Chaque crise donne lieu à une mobilisation exceptionnelle. Mais lorsque l’épidémie recule, les investissements diminuent, les partenaires réorientent leurs financements et les mêmes fragilités réapparaissent.

C’est précisément ce cycle qu’il faudrait rompre. Les épidémies ne devraient plus être considérées comme des urgences ponctuelles, mais comme le révélateur de problèmes structurels : faiblesse des soins de santé primaires, insuffisance des infrastructures, déficit de financement public, accès inégal aux services de santé et vulnérabilité des populations vivant dans les zones de conflit.

La véritable victoire contre Ebola, la mpox ou le choléra ne se remportera pas uniquement dans les centres de traitement. Elle se construira aussi dans les écoles de médecine, les laboratoires, les centres de santé communautaires, les réseaux d’eau potable, les programmes de vaccination et les politiques publiques capables de prévenir les crises avant qu’elles n’éclatent.

La RDC ne choisit pas les virus qui apparaissent sur son territoire. En revanche, elle peut choisir de transformer chaque épidémie en une opportunité de renforcer durablement son système de santé. Car la question n’est plus seulement de savoir comment vaincre la prochaine épidémie. Le véritable défi est de faire en sorte que la suivante ne trouve plus un terrain aussi favorable pour se propager.

Odon Bakumba

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