Droits humains Nord-Kivu : MSF accuse le FRN de bloquer les soins aux victimes de violences sexuelles, les consultations chutent de 41 %

Nord-Kivu : MSF accuse le FRN de bloquer les soins aux victimes de violences sexuelles, les consultations chutent de 41 %

Dans un communiqué publié à Goma le lundi 2 novembre 2026, Médecins sans frontières accuse les autorités installées par le Front pour la refondation de la nation d’imposer depuis le début de l’année quatre règles qui ferment l’accès aux soins : signes visibles de blessures exigés, examens intrusifs, passage obligé par la police, délai de 72 heures. Les consultations ont chuté de 41 % entre janvier et août, et de près de 89 % dans certaines structures.

Le site de l’Unité de Traitement du Choléra (UTC) de Médecins Sans Frontières (MSF) érigé à Pakadjuma, dans la zone de santé de Limete.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 2 NOVEMBRE 2026 - 12:07 WAT · 5 min de lecture

Médecins sans frontières accuse les autorités installées par le Front pour la refondation de la nation (FRN) dans les zones occupées du Nord-Kivu d’imposer depuis le début de l’année des règles qui empêchent les victimes de violences sexuelles d’accéder aux soins. L’organisation médicale l’écrit dans un communiqué publié à Goma le lundi 2 novembre 2026.

Dans les structures de santé que MSF appuie dans la province, le nombre de personnes venues chercher ces soins a chuté de 41 % entre janvier et août 2026.

Quatre règles qui ferment la porte des soins

Selon MSF, les autorités en charge des services de santé dans ces zones ont introduit quatre exigences qui conditionnent la prise en charge :

  • ne reconnaître comme violences sexuelles que les cas présentant des signes visibles de blessures ;
  • imposer des examens physiques intrusifs et médicalement inutiles pour prouver l’agression ;
  • obliger les victimes à se présenter d’abord à la police avant de solliciter des soins ;
  • n’ouvrir l’accès aux soins qu’aux personnes se présentant dans les soixante-douze heures suivant l’agression.

Chacune de ces règles réduit mécaniquement le nombre de victimes reconnues. La première écarte les agressions sans lésion apparente. La dernière exclut toutes celles qui n’ont pas pu, ou pas osé, se déplacer dans les trois premiers jours.

Des formulaires qui brisent le secret médical

Les organisations et les soignants, MSF comprise, ont aussi reçu l’ordre d’utiliser des formulaires exigeant les noms et adresses des victimes, ainsi que des détails sur les auteurs présumés.

L’organisation y voit une atteinte au secret médical et une mise en danger des personnes prises en charge, contraire aux normes éthiques médicales internationales. Des patientes rapportent avoir été interrogées ou menacées pour les dissuader de se faire soigner dans les cliniques soutenues par des organisations humanitaires.

Des soignants menacés, des registres effacés

Des professionnels de santé ont rapporté à MSF avoir été menacés de suspension, voire d’emprisonnement, s’ils ne se conformaient pas à ces mesures. Certains ont cessé toute activité par crainte de représailles.

Dans plusieurs centres de santé appuyés par l’organisation, des dizaines d’enregistrements de consultations liées à des violences sexuelles ont été effacés, ce qui a réduit d’autant les chiffres officiels. D’autres centres ont cessé d’enregistrer ces cas pendant plusieurs mois, ou n’en ont signalé qu’un très faible nombre.

Ce que disent les chiffres

Deux séries de données permettent de mesurer l’effet de ces mesures.

La première est la baisse de 41 % du nombre de personnes venues chercher ces soins, entre janvier et août 2026, dans certains des établissements appuyés par MSF au Nord-Kivu.

La seconde est plus brutale encore. D’autres structures de la province sont passées de la prise en charge d’environ 80 victimes par mois en 2025 à neuf par mois en 2026, soit une chute de près de 89 %.

« Rendre la crise moins visible ne fait pas disparaître la violence sous-jacente », déclare Akke Boere, directrice des opérations chez MSF. « Une baisse du nombre de cas signalés ne signifie pas que les violences sexuelles sont en recul. Cela signifie simplement que les victimes se heurtent à des obstacles pour accéder à des soins sûrs et confidentiels. »

Des engagements pris en octobre, restés lettre morte

MSF indique avoir maintenu un dialogue régulier avec ces autorités, jusqu’à leur direction. Ces échanges ont débouché, en octobre 2026, sur des engagements destinés à corriger la situation. Un mois plus tard, l’organisation constate que les mesures correctives n’ont pas été appliquées et que les restrictions restent en vigueur.

« MSF appelle le FRN à prendre des mesures immédiates pour garantir que la prise en charge des victimes de violences sexuelles soit protégée, confidentielle, accessible et axée sur les besoins de santé », déclare Akke Boere, qui demande des directives officielles aux autorités sanitaires afin que les soignants ne subissent plus de pressions.

L’organisation rappelle enfin un principe : l’accès aux soins ne devrait jamais dépendre d’un signalement aux autorités ou de l’engagement d’une action en justice.

L’ampleur du phénomène dans l’Est

MSF intervient dans seize projets au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, et reste l’une des rares organisations à offrir des soins d’urgence aux victimes dans de nombreuses zones.

Les volumes de prise en charge donnent la mesure du phénomène. Près de 45 000 victimes ont été prises en charge dans des structures soutenues par MSF à travers la RDC en 2024, 53 000 en 2025, soit une hausse de près de 18 %. Au cours du seul premier semestre 2026, les équipes de l’organisation ont pris en charge plus de 19 400 personnes dans le Nord-Kivu seul, soit une moyenne de plus de 3 200 par mois.

Rapporté au rythme national de 2025, d’environ 4 400 prises en charge par mois pour l’ensemble du pays, cela signifie que la seule province du Nord-Kivu concentrait au premier semestre près des trois quarts de ce volume. MSF alertait déjà en juin 2025 sur l’ampleur de ces violences.

Le FRN a été créé le 12 octobre à Goma sous la direction de l’ancien président Joseph Kabila, sur les structures de l’AFC/M23. Le Conseil de sécurité des Nations unies exige le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, conformément à la résolution 2773. Aucune réaction du FRN au communiqué de MSF n’a été rendue publique.

Rédaction

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B
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