Nord-Kivu : une dizaine de journalistes du Grand Nord formés à l’éthique médiatique en période de crise
Nord-Kivu : une dizaine de journalistes du Grand Nord formés à l’éthique médiatique en période de crise
AFP
Dans une région régulièrement confrontée à des crises sécuritaires et sanitaires, la désinformation constitue un véritable facteur d’instabilité. Pour y faire face, une dizaine de journalistes du Grand Nord-Kivu ont participé, ce vendredi 26 juin, à une formation sur l’éthique médiatique en contexte de conflit et d’épidémie.
Cette initiative, baptisée « Habari za Mahali », est portée par un consortium local réunissant l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), avec l’appui de l’organisation néerlandaise La Benevolencija. Elle vise à intégrer l’éducation aux médias dans les programmes locaux et à promouvoir un journalisme de paix fondé sur la rigueur, l’exactitude des faits et la responsabilité.
Les participants ont été sensibilisés aux défis de la couverture médiatique des crises, notamment dans une région qui garde encore les séquelles de l’épidémie d’Ebola de 2018 à 2020. Celle-ci avait touché 34 zones de santé, dont 11 au Nord-Kivu, parmi lesquelles Beni, Butembo, Goma, Katwa et Mabalako.
Les facilitateurs ont rappelé qu’en période de crise sanitaire, une information fiable peut sauver des vies, tandis qu’une mauvaise communication peut favoriser la stigmatisation, pousser les malades à se cacher et renforcer la méfiance envers les équipes de riposte.
« En situation de crise sanitaire, la précision et la protection priment », ont insisté les formateurs.
Au-delà des aspects techniques, la formation a mis l’accent sur la manière de traiter les témoignages des survivants. Les intervenants ont souligné que chaque reportage doit poursuivre un objectif clair, tout en évaluant les conséquences qu’il peut avoir sur les personnes concernées. Un récit centré uniquement sur la violence ou le traumatisme peut causer des préjudices durables aux victimes et à leurs communautés.
Les journalistes ont ainsi été invités à placer l’intérêt des survivants au cœur de leur travail, à utiliser un langage neutre et respectueux, et à s’abstenir de publier des informations permettant d’identifier les victimes, leurs proches ou les acteurs humanitaires présents sur le terrain.
La formation a également insisté sur l’importance de conduire les interviews dans un cadre sécurisé et respectueux. Les survivants doivent être informés de l’utilisation qui sera faite de leurs témoignages et conserver le droit de refuser certaines questions, de demander une interruption ou d’être accompagnés par une personne de confiance.
Les participants ont en outre été encouragés à consulter des spécialistes des traumatismes et des conflits avant la publication de certains contenus sensibles. Chaque reportage consacré à une crise devrait également orienter les populations vers les services d’assistance disponibles, qu’il s’agisse des structures communautaires, des ONG ou des agences des Nations unies.
Informer sans nuire en période d’Ebola
Concernant Ebola, les formateurs ont rappelé que le rôle du journaliste repose sur trois piliers : diffuser les messages de prévention, lutter contre les rumeurs et renforcer la confiance envers les équipes de riposte. Ils ont recommandé de privilégier les sources officielles, notamment le ministère de la Santé et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), tout en précisant clairement si une information est confirmée, en cours de vérification ou non vérifiée.
Ils ont également déconseillé toute diffusion d’images ou d’informations susceptibles de stigmatiser les malades, leurs familles ou les centres de prise en charge.
Si les témoignages des survivants peuvent contribuer à sensibiliser l’opinion publique, influencer les politiques publiques et soutenir d’autres victimes, ils peuvent aussi comporter des risques, notamment la reviviscence du traumatisme ou des conséquences judiciaires. Les principes éthiques visent ainsi à maximiser les bénéfices de ces témoignages tout en limitant les préjudices.
Les échanges ont enfin rappelé qu’à Beni, durant l’épidémie d’Ebola, la peur, les rumeurs et l’incompréhension des mesures sanitaires avaient alimenté une forte résistance communautaire. Les attaques contre les équipes de santé avaient réduit les activités de dépistage et favorisé la propagation de la maladie.
Pour les formateurs, dans un contexte de crise comme celui du Nord-Kivu, le journaliste ne se limite pas à informer. Il participe à la réponse collective. Une information rigoureuse peut contribuer à réduire les rumeurs et à restaurer la confiance, tandis qu’une information imprécise peut aggraver les tensions.
Isaac Bin-Ngeve