Gouvernement Est de la RDC : Makenga, Byamungu et Kabarebe ont commandé la prise d’Uvira (rapport de l’ONU)
AFC/M23

Est de la RDC : Makenga, Byamungu et Kabarebe ont commandé la prise d’Uvira (rapport de l’ONU)

Le Groupe d'experts de l'ONU documente la chaîne de commandement de l'offensive qui a fait tomber Uvira. Il désigne deux chefs du M23 et un rôle clé du Rwandais James Kabarebe. Kigali dément.

Est de la RDC : Makenga, Byamungu et Kabarebe ont commandé la prise d’Uvira (rapport de l’ONU)
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 JUILLET 2026 - 23:26 WAT · 5 min de lecture

Fin juin 2026, le Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo a remis son rapport final au président du Conseil de sécurité. Selon ce document, transmis le 30 juin, l’offensive de l’AFC/M23 qui a conduit à la prise d’Uvira, deuxième ville du Sud-Kivu, en décembre 2025, a été menée sous le commandement direct de deux chefs du mouvement, Sultani Makenga et Bernard Byamungu, avec un rôle clé attribué au général rwandais à la retraite James Kabarebe. Chaque conclusion citée ici est celle du Groupe d’experts, pas une décision de justice.

Le rapport décrit une opération planifiée, aux objectifs larges. Selon ce document, l’offensive sur Uvira, lancée fin novembre 2025, aurait été menée sous le commandement direct de Makenga et de Byamungu, avec un rôle clé du général rwandais à la retraite James Kabarebe, et aurait eu pour objectif ultime le contrôle total du Sud-Kivu. La ville, sur la rive nord du lac Tanganyika, à quelques kilomètres de la frontière burundaise, est tombée autour du 9 décembre 2025, après une avancée de plusieurs dizaines de kilomètres le long de la route nationale 5.

Derrière les commandants de terrain, le rapport pointe un appui militaire rwandais massif. Les experts font état de quatorze mille à dix-huit mille militaires de l’armée rwandaise déployés au Nord et au Sud-Kivu à la fin de 2025, sans retrait notable observé depuis. Cet appui aurait porté sur des moyens spécialisés, drones, guerre électronique et forces spéciales, l’armée rwandaise étant décrite comme capable de déployer rapidement des moyens hautement spécialisés au profit de l’AFC/M23. Le M23 lui-même est décrit comme un mouvement politico-militaire aux ambitions de long terme, désigné par les experts comme le principal auteur des violations des droits humains dans l’Est.

Un mot sur les protagonistes s’impose, pour éviter les confusions. Sultani Makenga est le chef militaire du M23, sous sanctions de l’ONU depuis 2012. Bernard Maheshe Byamungu, parfois orthographié Bertrand, est un commandant adjoint du mouvement, ancien officier des forces armées congolaises passé à la rébellion, sous sanctions de l’ONU depuis 2023. Quant à James Kabarebe, il occupe les fonctions de ministre d’État rwandais chargé de l’intégration régionale et fut ministre de la Défense de son pays. Le Trésor américain l’avait sanctionné en février 2025, le présentant comme « l’homme de liaison du gouvernement rwandais avec le M23 », chargé d’« orchestrer le soutien de l’armée rwandaise au groupe armé », dans des termes traduits de l’anglais. Ces sanctions, américaines comme onusiennes, relèvent de régimes administratifs, non d’une condamnation pénale.

Kigali oppose un démenti constant à cette lecture. Le Rwanda nie soutenir le M23 et présente ses actions comme défensives, dirigées contre les rebelles hutu des FDLR. Le président Paul Kagame a inversé la charge de la responsabilité. « L’intention du gouvernement congolais était de modifier le rapport de force par la force, en dehors des paramètres des négociations de paix en cours. C’est ainsi que les événements d’Uvira se sont déroulés », a-t-il déclaré devant les diplomates accrédités à Kigali, dans des propos traduits de l’anglais. Les experts notent toutefois que les forces rwandaises ont opéré dans des zones où aucune présence des FDLR n’était signalée, un constat que Kinshasa oppose à l’argument de la légitime défense.

Pour Kinshasa, ce rapport est un appui de poids à sa thèse, celle d’une agression rwandaise conduite par M23 interposé. Le gouvernement congolais dénonce de longue date l’implication de Kigali, et un document onusien qui nomme une chaîne de commandement allant de commandants du M23 jusqu’à un ministre rwandais lui donne une caisse de résonance internationale. Reste que la valeur d’un tel rapport tient à sa rigueur, et qu’il vaut mieux, pour Kinshasa, s’appuyer sur ce que les experts établissent que sur ce qu’on voudrait leur faire dire. Attribuer, c’est renforcer sa crédibilité, pas l’affaiblir.

Il faut aussi mesurer les limites de l’exercice. Un rapport du Groupe d’experts documente et impute, il ne juge pas. Les responsabilités qu’il décrit ne deviendront des vérités judiciaires que si une juridiction compétente s’en saisit, ce qui, pour des faits liés à un conflit interétatique, relève d’un horizon lointain. Entre-temps, le document nourrit le rapport de force diplomatique, alimente les demandes de sanctions et pèse sur les médiations en cours. C’est déjà beaucoup, et c’est aussi la mesure de ses effets réels.

Pour l’Est du Congo, la portée dépasse la seule bataille d’Uvira. En établissant une continuité entre des chefs rebelles et l’appareil sécuritaire rwandais, le rapport documente ce que les habitants des Kivu vivent depuis des années, une guerre où les frontières entre rébellion locale et implication étrangère se brouillent. La vraie question n’est pas de savoir si ce document changera le cours de la guerre, mais s’il obligera la communauté internationale à tirer les conséquences de ce qu’elle-même a fait consigner. La réponse, elle, ne se lira pas dans un rapport, mais sur le terrain.

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B
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