Diplomatie « Dans les bras de Kagame » : Paluku démonte Kabila et lie le référendum à la guerre à l’Est
AFC/M23

« Dans les bras de Kagame » : Paluku démonte Kabila et lie le référendum à la guerre à l’Est

Sur un espace X, Julien Paluku met en cause Joseph Kabila et le Rwanda et refuse tout référendum tant que la guerre à l'Est dure. Décryptage de propos qui pèsent.

Julien Paluku, ministre du commerce extérieur lors de son exposé aux Conférences Annuelles du service public organisé ce 17 décembre 2025 à Kinshasa, par le ministre de la fonction publique.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 09:28 WAT · 4 min de lecture

Le 25 juin 2026 au soir, Julien Paluku a longuement parlé. Ministre du Commerce extérieur et ancien gouverneur du Nord-Kivu, il s’exprimait au cours d’un espace audio en direct sur X, animé par le journaliste Stanis Bujakera. Dans un même fil, il a noué trois sujets brûlants : le projet de référendum, la présence de Joseph Kabila à Goma, ville tenue par l’AFC/M23, et le rôle du Rwanda dans la guerre de l’Est. Ses propos ont été repris dès le lendemain par plusieurs rédactions congolaises.

Sur le référendum, le ministre pose une condition de fer. « Le président de la République l’a dit : il n’y aura pas d’élection tant que la guerre ne finit pas », a rappelé Julien Paluku. Il en tire une conséquence territoriale. « Exclure le Nord-Kivu, c’est exclure 59 000 km², l’équivalent du Rwanda et du Burundi réunis. Exclure le Sud-Kivu, c’est en plus du Rwanda, la Tanzanie réunie », a-t-il ajouté. L’argument est simple : un scrutin amputé des deux Kivu ne serait ni légitime ni tenable.

Le propos vise une échéance concrète. Depuis le 1er mai, une proposition de loi sur l’organisation du référendum a été déclarée recevable à l’Assemblée nationale, dans un climat où l’opposition redoute une manœuvre de prolongation du pouvoir. En liant le calendrier électoral à la fin de la guerre, le ministre inscrit la question institutionnelle dans le dossier sécuritaire.

C’est sur Joseph Kabila que l’attaque est la plus directe. « Qui peut comprendre qu’un président honoraire, après dix-huit ans au pouvoir, se retrouve dans les bras de Kagame et gardé par les troupes de Makenga qu’il a lui-même radié des FARDC ? », a lancé Julien Paluku. La charge cible la présence de l’ancien chef de l’État à Goma et sa proximité supposée avec Kigali et avec le chef militaire de la rébellion. Elle reste une accusation politique, portée par un ministre du camp présidentiel, non un fait établi par la justice.

Le ministre assume la rupture. « On a été dupés pendant de longues années. Je le dirai tous les jours », a-t-il affirmé, résumant le retournement d’un homme longtemps proche des équilibres de l’ancien régime. La formule dit la tonalité du moment à Kinshasa, où le pouvoir cherche à isoler son prédécesseur.

Reste le nerf de la guerre, les minerais. Julien Paluku défend la thèse d’une agression d’abord économique. « Le Rwanda ne pouvait même pas produire l’équivalent de dix millions de dollars par an pour les minerais qu’il suppose avoir chez lui. Comment ces minerais se sont-ils multipliés soudainement sur son sol ? », a-t-il interrogé. Le raisonnement rejoint la position officielle de Kinshasa, qui documente depuis des mois le détournement du coltan et de l’or de l’Est vers le marché rwandais.

Pour Kinshasa, ces déclarations servent une bataille de récit autant qu’une bataille de terrain. Elles visent à lier, dans l’opinion, le refus d’un référendum bâclé, la mise à l’écart de Joseph Kabila et la dénonciation de Kigali. Mais elles restent les affirmations d’un acteur politique. Sur la « jonction » entre l’ancien président et la rébellion, comme sur les responsabilités pénales, ce sont les enquêtes et les juridictions saisies, non un espace en direct, qui auront à trancher.

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B
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