Opposition armée, rébellion ou révolution : quand l’AFC/M23 divise l’opposition face à Tshisekedi
Seth Kikuni parle d'« opposition armée », Martin Fayulu de « rébellion », Franck Diongo de « révolution constitutionnelle » : trois opposants congolais donnent trois définitions inconciliables de l'AFC/M23, révélant une fracture sur la nature même du mouvement.
Opposition armée, rébellion ou révolution : quand l’AFC/M23 divise l’opposition face à Tshisekedi
AFP
Face à l’AFC/M23, une partie de l’opposition congolaise ne s’accorde même pas sur les mots pour la nommer. En quelques semaines, trois de ses figures ont livré trois caractérisations inconciliables du mouvement qui occupe des pans de l’Est. Pour Seth Kikuni, « l’AFC/M23 est une opposition armée ». Pour Martin Fayulu, « il n’y a pas d’opposition armée, mais plutôt une rébellion ». Pour Franck Diongo, « l’AFC/M23 n’est pas une rébellion, c’est une révolution constitutionnelle ».
Ces formules ne relèvent pas de la nuance. Ranger l’AFC/M23 parmi les « oppositions armées » ou les « révolutions » l’inscrit dans le champ politique intérieur ; la qualifier de « rébellion » ou d’agression étrangère la renvoie à la guerre et au soutien du Rwanda. Chaque mot engage une position sur la légitimité du mouvement et sur la manière d’y répondre.
Le 16 juin, Seth Kikuni a poussé le raisonnement jusqu’à dédouaner le mouvement. « L’AFC/M23 n’est pas un mouvement terroriste. Un mouvement terroriste n’occupe pas de territoires, ne combat pas l’armée régulière pendant des années et ne négocie pas avec le gouvernement », a-t-il argué, avant de conclure : « L’AFC/M23 est une opposition armée. » Ce faisant, l’opposant écarte la responsabilité du Rwanda et impute le chaos à Félix Tshisekedi. Kikuni appartient à la mouvance « Sauvons la RDC », née du conclave de Nairobi conduit par l’ancien président Joseph Kabila.
Début juillet, lors d’un Live Space relayé par le journaliste Stanis Bujakera, Martin Fayulu a contesté ce vocabulaire. « Le M23 n’est pas une opposition. Ce sont des gens qui se sont rebellés, ils ont pris des armes », a lancé le président de l’ECiDé. Membre du présidium de la Coalition Article 64 (C64), il réclame un dialogue national incluant les groupes armés, mais refuse de reconnaître au mouvement le statut d’opposition, y voyant un supplétif du Rwanda. Il a d’ailleurs salué les sanctions américaines visant son réseau de financement présumé.
Franck Diongo, lui, a repris presque mot pour mot la définition que l’AFC/M23 donne d’elle-même. « L’AFC/M23 n’est pas une rébellion, c’est une révolution constitutionnelle », a-t-il déclaré, dans des propos également rapportés par Stanis Bujakera. Le mouvement rebelle se présente en effet comme « ni un mouvement de circonstance ni une rébellion sans vision », mais comme une « révolution constitutionnelle ». Diongo, qui a rencontré les chefs de l’AFC/M23 Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, défend de longue date une lecture constitutionnelle de leur combat, adossée à l’article 64 de la Constitution.
La ligne de fracture est nette. D’un côté, la mouvance proche de Joseph Kabila, qui banalise voire épouse le discours de l’AFC/M23 ; de l’autre, la C64, que « Sauvons la RDC » soutient dans ses marches sans en être membre, et qui range le mouvement du côté de l’agression rwandaise. Le Groupe d’experts des Nations unies décrit, lui, l’AFC/M23 comme un mouvement politico-militaire soutenu par Kigali, doté d’une administration parallèle et visant à long terme une « République fédérale du Congo ». Sur le terrain, la rébellion poursuit son avance dans les Kivu, quelle que soit l’étiquette que lui accolent ses relais politiques à Kinshasa.
