Football Passeport léopard (3/12) : Willy Kambwala, le roc de Kinshasa qui a dit non à la France
03
Série Passeport léopard Partie 3 sur 12
Épisodes
Partie 3 — Football

Passeport léopard (3/12) : Willy Kambwala, le roc de Kinshasa qui a dit non à la France

Formé en France, révélé à Manchester United, titulaire à Villarreal : le défenseur né à Kinshasa a choisi les Léopards. Portrait d’une prise que la RDC a mis un an à convaincre.

La Rédaction 10 juillet 2026
La Rédaction
Kinshasa - 10 JUILLET 2026 - 12:13 WAT · 4 min de lecture

Dans la nuit du 28 mai 2025, une vidéo tourne en boucle sur les réseaux congolais. On y voit Willy Kambwala, tout sourire, un maillot de la RDC floqué à son nom sur les épaules, jouer les chefs cuisiniers entouré de ses proches. À quelques jours d’un rassemblement des Léopards, l’image suffit à enflammer les supporters. Beaucoup y lisent un appel du pied au sélectionneur Sébastien Desabre. Ils n’ont pas tort : quelques jours plus tard, le choix devient officiel.

Le défenseur central de Villarreal, éligible avec la France, a décidé de porter le maillot du pays où il est né. Pour la sélection congolaise, c’est plus qu’un renfort : c’est un signal.

De Kinshasa à Old Trafford

Willy Kambwala Ndengushi naît le 25 août 2004 à Kinshasa. Il quitte la RDC à neuf ans pour la France et grandit en région parisienne, avant de rejoindre le centre de formation du FC Sochaux-Montbéliard. Ses performances chez les jeunes attirent vite les recruteurs européens. En 2020, à seize ans, il signe à Manchester United.

Chez les Red Devils, il gravit les échelons des équipes de jeunes, puis connaît sa première apparition en Premier League le 23 décembre 2023, face à West Ham. Il disputera dix matchs avec l’équipe première du club anglais. À l’été 2024, il choisit un nouveau cap : Villarreal, réputé pour son travail de formation, où il signe jusqu’en 2029. En Liga, sous les couleurs du Sous-marin jaune, il s’installe dans la rotation défensive et confirme sa capacité à tenir le rythme d’un grand championnat. Axe ou couloir droit, le profil est complet : puissance, placement, combativité.

Un an de patience

L’histoire de son ralliement n’est pas celle d’un joueur qui supplie. C’est celle d’une fédération qui a tenu bon. « On l’a sollicité depuis un an maintenant. Au départ, il n’a pas voulu répondre favorablement à nos sollicitations car il était en transfert à Villarreal. C’est un jeune qui aime beaucoup le Congo, et qui est aujourd’hui prêt à venir », a déclaré Sébastien Desabre, dans un entretien relayé par la fédération.

La phrase dit tout du basculement en cours chez les Léopards. Le joueur né à Kinshasa n’a pas couru après la RDC ; c’est la RDC qui est allée le chercher, un an durant, jusqu’à ce que le moment soit le bon. La vidéo au maillot floqué, la cuisine en famille, la fierté affichée : autant de signes qu’un lien longtemps discret a fini par prendre.

Fait notable, Desabre n’a pas convoqué immédiatement sa recrue. Satisfait de son secteur défensif pour les rendez-vous de juin 2025, le technicien a préféré attendre le moment opportun pour l’intégrer. Une manière de rappeler qu’un ralliement n’est pas une titularisation, et que la concurrence, même pour un talent de ce niveau, se mérite.

Ce qu’il change pour la défense congolaise

L’arrivée de Kambwala répond à un manque ancien. Derrière des cadres comme Chancel Mbemba, Axel Tuanzebe ou Inonga Baka, la RDC cherche depuis des années une relève défensive de haut niveau. Un titulaire de Liga, dont le club a décroché une qualification en Ligue des champions, âgé de vingt ans à peine, coche toutes les cases. Il donne au sélectionneur ce que peu de sélections africaines possèdent : de la profondeur au poste le plus exigeant.

En optant pour la RDC, Kambwala rejoint une génération dont Noah Sadiki, l’un des premiers ralliés, avait résumé l’état d’esprit. « Je l’ai fait en mon âme et conscience. Il y a une nouvelle génération qui a envie d’aider les gens du pays », confiait le milieu de Sunderland au micro de L’Équipe, repris par La Dernière Heure. Kambwala, parti de Kinshasa à neuf ans, y ajoute une évidence plus intime : on peut grandir ailleurs sans oublier d’où l’on vient.

Reste à écrire la suite, celle qui se joue sur le terrain. Le maillot floqué de la vidéo n’était qu’une promesse. La transformer en une carrière chez les Léopards, match après match, sera le vrai test. Le premier épisode de cette histoire, lui, est déjà derrière : la RDC ne l’a pas laissé filer.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…