Passeport léopard (2/12) : le verrou FIFA, cette règle qui décide à la place des joueurs
Changement de nationalité sportive : le règlement FIFA décide si un binational peut basculer, et quand. Entre le dossier Mokio (attente jusqu'en 2028) et le cas Lavia, décryptage de la règle qui arbitre la reconquête des Léopards.
Dans la reconquête des binationaux, il y a un arbitre que personne n’a élu et que tout le monde subit: le règlement de la FIFA sur le changement de nationalité sportive. C’est lui qui dit si un joueur ayant porté le maillot d’un pays peut en changer, et à quelles conditions. Pour la RDC, cette règle est tantôt une alliée, tantôt un mur.
Le principe est connu des fédérations. Un footballeur qui a disputé un match officiel de compétition en équipe A d’un pays est en principe lié à cette sélection. Mais des exceptions existent, pensées pour les cas précoces: un joueur encore jeune, comptant peu de sélections, mineur au moment de sa première apparition, peut demander à basculer, souvent au prix d’un délai d’attente. C’est dans cette brèche que s’engouffrent les Léopards.
Le cas de Jorthy Mokio l’illustre. Le milieu de l’Ajax est entré en jeu à la 88e minute d’un match de Ligue des Nations avec la Belgique, en mars 2025, à dix-sept ans. Une poignée de minutes qui suffit à déclencher le mécanisme du verrou. Selon la lecture du règlement, sa bascule vers la RDC pourrait imposer une période d’attente courant jusqu’en 2028, sauf recours devant la FIFA ou le Tribunal arbitral du sport. Le joueur le sait, et il l’assume. « La question demeure de savoir si cela sera possible, compte tenu du règlement », confiait-il. « Si c’est faisable et que je suis sélectionné, je serai bien sûr prêt. Et sinon, je soutiendrai l’équipe d’ici, avec les supporters. »
Roméo Lavia, lui, tient un dossier plus favorable. Le milieu de Chelsea n’a disputé qu’un match amical avec la Belgique A, en 2023, avant ses vingt et un ans. Un match amical ne verrouille pas de la même manière qu’une rencontre de compétition, et l’écoulement du délai réglementaire le rend, selon la lecture dominante, à nouveau sélectionnable. Encore faut-il que l’intéressé le veuille.
La nuance est de taille pour Kinshasa. Entre un joueur immédiatement disponible et un autre suspendu à une horloge de trois ans, la Fédération ne mène pas le même travail. Certains dossiers se règlent d’un coup de fil, d’autres exigent de la patience, une veille juridique et parfois un passage devant les instances.
Le verrou FIFA transforme ainsi chaque bascule en équation. Il récompense l’anticipation, celle qui consiste à convaincre un binational avant sa première cape adulte, et punit le retard, quand un match officiel a déjà scellé le sort d’un talent. C’est aussi pour cette raison que la RDC a déplacé son terrain de chasse vers les catégories de jeunes, appuyée sur un projet de statut spécial pour sa diaspora: là, aucune serrure ne s’est encore refermée.
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