L’IGF veut surveiller en permanence tous les flux financiers du pays : la nouvelle ambition présentée à Tshisekedi
L’IGF veut surveiller en permanence tous les flux financiers du pays : la nouvelle ambition présentée à Tshisekedi
AFP
Le 23 juillet, à la Cité de l’Union africaine, Félix Tshisekedi a reçu le chef de service de l’Inspection générale des finances, Christophe Bitasimwa Bahii, venu lui présenter le plan stratégique de l’organe pour la période 2026-2028. Le projet ne se limite pas à moderniser un service de contrôle. Il vise à transformer l’IGF en une machine de surveillance financière permanente. « Nous voulons l’ériger en un organe d’intelligence au service de la transformation de la gouvernance publique », a résumé Bitasimwa, accompagné de son adjoint Emmanuel Tshibingu.
Le cœur du plan est un changement de méthode. « Ce nouveau plan stratégique vise essentiellement à passer du contrôle manuel et ponctuel à un contrôle digitalisé, beaucoup plus intelligent, qui consiste en une surveillance globale et permanente de tous les flux financiers qui se créent dans le pays », a expliqué le patron de l’IGF. Concrètement, il s’agit d’abandonner les vérifications ciblées, menées après coup, au profit d’un suivi numérique et continu. L’IGF prévoit d’analyser automatiquement les données budgétaires, fiscales et douanières, en s’interconnectant avec les régies financières que sont la Direction générale des impôts, celle des douanes et celle des recettes administratives, afin de repérer la fraude avant qu’elle ne se produise. Lors d’un séminaire en juin, Bitasimwa avait résumé l’esprit du dispositif, « les acteurs de corruption ou de détournement seront suivis sans forcément s’en rendre compte ».
Cette ambition reste, à ce stade, un projet. Le déploiement est prévu par étapes, avec des projets pilotes en 2026 et une pleine maturité annoncée pour 2028. Son coût est estimé à environ 39 millions de dollars sur trois ans, dont 22 millions déjà identifiés et 17 millions restant à mobiliser, selon les chiffres de l’IGF. La surveillance en temps réel de l’ensemble des flux du pays n’est donc pas un dispositif opérationnel, mais un cap.
Ce cap prolonge la montée en puissance d’une institution devenue centrale sous l’ère précédente. Placée sous l’autorité directe du président de la République, l’IGF s’était imposée, à partir de 2020 et sous la conduite de Jules Alingete, comme le fer de lance de la lutte anticorruption, à travers sa « patrouille financière » et une forte médiatisation. Alingete a été mis à la retraite en mai 2025, et Bitasimwa lui a succédé. L’audience du 23 juillet, la première du nouveau patron avec le chef de l’État depuis sa prise de fonctions, a été l’occasion pour Tshisekedi d’exprimer, selon la présidence, son « soutien total » à la réforme.
Le projet soulève toutefois des questions que le plan, en l’état, laisse ouvertes. La première tient à la concentration de pouvoir. Un organe déjà rattaché à la présidence, et dont plusieurs observateurs contestaient l’indépendance, se doterait d’une capacité de surveillance permanente et automatisée. Le centre de recherche Ebuteli avait pointé, sous Alingete, le risque d’une « instrumentalisation de l’IGF à des fins politiques », et l’Observatoire de la dépense publique lui reprochait un traitement à deux vitesses selon la proximité des personnes visées avec le pouvoir. Doter une telle institution d’un œil permanent sur les comptes ravive ce débat.
La deuxième question porte sur le périmètre. Surveiller « tous les flux financiers qui se créent dans le pays » déborde le contrôle des seules entités publiques, cœur de mission historique de l’IGF, et touche potentiellement aux opérateurs privés et aux données bancaires. Or aucune base légale ni aucun garde-fou en matière de protection des données ne figure dans les communications disponibles sur le plan. Reste enfin la faisabilité, le financement n’étant pas bouclé et la fiabilité du dispositif dépendant de la qualité des données que les administrations accepteront de partager.
Le pari de l’IGF répond à un besoin réel. Dans un pays où l’organe lui-même dit avoir débusqué des dizaines de milliers d’agents fictifs sur la paie de l’État, la promesse de détecter le détournement avant qu’il ne vide les caisses publiques a de quoi séduire. Mais transformer cette promesse en une surveillance permanente de l’argent du pays engage davantage que la seule efficacité du contrôle. Elle pose la question du pouvoir qu’on confie à une institution, et des limites qu’on lui fixe. Sur ce point, le plan présenté au chef de l’État avance une vision, mais pas encore de garanties.
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