Moitié du coltan, deux tiers du wolfram : ce que le M23 contrôle des minerais du Sud-Kivu
Environ la moitié de la cassitérite et du coltan, plus des deux tiers du wolframite du Sud-Kivu sous contrôle de l'AFC/M23 : les chiffres de l'ONU.
Moitié du coltan, deux tiers du wolfram : ce que le M23 contrôle des minerais du Sud-Kivu
AFP
La conquête de l’Est se lit aussi sur une carte minière. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, met un chiffre sur la mainmise de l’AFC/M23 : « environ la moitié de la production de cassitérite et de coltan du Sud-Kivu et plus des deux tiers de la production de wolframite proviennent des territoires actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23 ». En une phrase, l’ampleur du butin minier est posée.
Ces proportions reposent sur des données officielles. Selon les statistiques du ministère congolais des Mines citées par le rapport, le Sud-Kivu a produit en 2024 environ trois mille tonnes de cassitérite et deux cents tonnes de wolframite, soit vingt et soixante pour cent des exportations artisanales du pays pour ces minerais. Contrôler la moitié de l’un et les deux tiers de l’autre, c’est peser sur une part substantielle de la filière nationale.
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La progression a suivi la géographie des gisements. L’AFC/M23 a d’abord tenu les zones de production des minerais dits 3T autour de Lumbishi, Numbi et Nyabibwe, dans le territoire de Kalehe. Puis, le 21 septembre, elle s’est emparée de Nzibira, plaque tournante du commerce de minerais dans le territoire de Walungu, qui sert aussi de point de transit pour la cassitérite et le coltan venus de Shabunda.
Nzibira donne la mesure du flux capté. Selon l’annexe minière du rapport, « approximately 40 tons of cassiterite and wolframite were traded through Nzibira each month » avant sa prise par la rébellion, soit environ quarante tonnes par mois et près de quatre cent quatre-vingts tonnes par an. Un seul nœud logistique, et déjà des centaines de tonnes qui changent de main.
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À ces trois métaux s’ajoute l’or. Le rapport rappelle que trois exploitations aurifères importantes se trouvent en zone contrôlée par l’AFC/M23 au Sud-Kivu : le vaste site artisanal de Luhihi, la mine industrielle de Twangiza et une exploitation semi-mécanisée près de Karhembu. La rébellion ne tient pas seulement des minerais stratégiques, elle tient aussi le métal précieux.
L’enjeu dépasse la comptabilité minière. La cassitérite, le coltan et le wolframite entrent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de l’électronique. En captant une telle part de la production du Sud-Kivu, l’AFC/M23 se donne une rente durable et pose une question de traçabilité à tous les acheteurs en aval.
Le Groupe d’experts ne chiffre pas les revenus tirés de ces minerais. Il établit les parts de production tombées sous contrôle de la rébellion, gisement par gisement, et laisse au Conseil de sécurité le soin d’en tirer les conséquences sur le régime de sanctions.