Mines & Ressources Luhihi vu du ciel : la mine d’or que l’AFC/M23 a fait grossir six fois en sept mois

Luhihi vu du ciel : la mine d’or que l’AFC/M23 a fait grossir six fois en sept mois

Le site aurifère de Luhihi multiplié par six en sept mois, des quittances de transport signées AFC/M23 : le rapport de l'ONU documente le pillage de l'or.

Artisanal miners rest after working for a long time in the pit to look for gold in the mine of Luhihi, 50 km from the city of Bukavu, capital of the province of South Kivu in the east of the Democratic Republic of Congo, on November 06, 2021. - The Luhihi mining site was discovered by the local population about two years ago, a mountain of gold at the heart of conflicts as well as human rights violations, in the last five months seven people have died in inhumane conditions. (Photo by Guerchom NDEBO / AFP)
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 8 JUILLET 2026 - 18:41 WAT · 3 min de lecture

Deux images satellite, prises à sept mois d’écart, racontent l’histoire à elles seules. Le 15 février 2025, le site aurifère de Luhihi, dans le territoire de Kabare au Sud-Kivu, couvrait environ cent dix mille mètres carrés. Le 20 septembre, il en couvrait six cent soixante mille, selon l’imagerie comparée annexée au rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858. En sept mois, sous contrôle de l’AFC/M23, la mine a grossi près de six fois.

L’emballement a une origine datée. Selon le rapport, l’exploitation de l’or « s’est fortement accrue à Luhihi suite à la découverte de riches gisements sur le site de Lomera en janvier 2025 ». Les enquêteurs ajoutent que « l’imagerie satellitaire confirme l’expansion rapide des activités minières et l’installation d’un nouveau site minier ». Plus de cinq mille creuseurs artisanaux y ont travaillé au premier semestre, sur des centaines de puits.

À lire aussi : L'ONU révèle que l'AFC/M23 gagnerait plus d'un million de dollars par mois grâce aux minerais illégaux

La rébellion n’a pas laissé cette ruée sans maître. Après avoir pris le pouvoir à la mi-février, l’AFC/M23 a remplacé les services de l’État par un bureau minier local fonctionnant sous son autorité. Elle a imposé « une taxe de production de 30 % » sur le prix du minerai à la bouche de mine, doublée d’inspections régulières de la teneur et d’un contrôle des volumes transportés vers les concasseurs.

La preuve du prélèvement ne tient pas qu’à l’image satellite. Elle tient aussi au papier. Le Groupe d’experts a obtenu des « Quittances délivrées par l’AFC/M23 pour le transport du minerai à Luhihi », des reçus qui matérialisent un système structuré de taxation de l’or. Là où l’imagerie montre l’ampleur, les quittances montrent l’organisation.

À lire aussi : Moitié du coltan, deux tiers du wolfram : ce que le M23 contrôle des minerais du Sud-Kivu

Le calendrier a fini par se retourner. Le 30 août, l’AFC/M23 a suspendu ses activités minières à Lomera, sur fond de tensions avec le secteur et de pratiques de recherche de rente. Elle a promis de reprendre après l’enregistrement des creuseurs. Les retards de ce processus ont laissé penser aux enquêteurs que les autorités de fait préparaient le passage à une exploitation semi-mécanisée, plus rentable et plus facile à contrôler.

Luhihi n’est pas un cas isolé. C’est l’illustration d’un modèle, celui d’une rébellion qui transforme chaque gisement conquis en source de financement, du bureau minier improvisé à la quittance tamponnée. L’or extrait de ces puits ne part pas vers les caisses de l’État congolais.

Le Groupe d’experts ne se prononce pas sur la destination finale du métal. Il montre une mine qui sextuple sous l’œil des satellites, une taxe prélevée à la source et des reçus signés de la rébellion, et il en confie l’examen au Conseil de sécurité.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…