Dialogue en RDC : front contre le Rwanda ou grand règlement inclusif, le débat sur le format est ouvert
Dialogue en RDC : front contre le Rwanda ou grand règlement inclusif, le débat sur le format est ouvert
AFP
Depuis que Félix Tshisekedi a annoncé, le 17 juillet, la tenue d’un dialogue national inclusif, la question n’est plus de savoir s’il aura lieu, mais avec qui et pour quoi faire. Deux visions s’affrontent, et elles opposent moins deux hommes que deux lectures de la crise. D’un côté, le pouvoir voit dans le dialogue l’occasion de bâtir un front intérieur contre l’agression rwandaise. De l’autre, une partie de l’opposition en attend un règlement de tous les différends congolais, y compris avec ceux qui ont pris les armes.
La première ligne est portée par Peter Kazadi, cadre de l’Union pour la démocratie et le progrès social et ancien vice-Premier ministre de l’Intérieur. Pour lui, l’enjeu est clair. « Maintenant que les choses sont en marche, il est normal que nous puissions aller parler comme des Congolais, former un front contre l’agression rwandaise, parce qu’aujourd’hui notre pays est menacé », a-t-il déclaré lors d’un espace de discussion en ligne. Tout serait négociable, la gouvernance comprise, à une exception près. « Tout doit être mis sur la table et on va discuter comme des Congolais, à l’exception des Rwandais et de tous ceux qui soutiennent le cahier de charges des Rwandais. » Kazadi désigne Paul Kagame comme le véritable instigateur de la rébellion, et met en garde, en convoquant le précédent de Laurent-Désiré Kabila porté au pouvoir par Kigali en 1997 avant d’en être chassé, contre tout retour rwandais dans les institutions congolaises.
C’est au nom de ce critère que le cadre de l’UDPS a avancé un chiffre. L’AFC/M23 aurait, selon lui, réclamé un délai de huit ans pour exploiter les terres et les richesses de l’Est, preuve à ses yeux que certains porteraient à la table un agenda rwandais. L’affirmation recoupe une revendication rapportée aux pourparlers de Doha, celle d’une gestion exclusive des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pendant huit ans, que le gouvernement congolais a rejetée. La lecture de Kazadi, qui parle d’exploitation là où le libellé documenté parle de gestion, reste toutefois la sienne.
La seconde ligne est défendue par l’opposant Delly Sesanga, président du parti Envol et membre de la Coalition Article 64. Sa condition tient en un mot, l’inclusivité. « L’inclusivité doit amener autour de la table toutes les parties prenantes congolaises, y compris ceux qui ont pris les armes, parce que sans doute qu’ils ont des raisons pour lesquelles ils ont pris les armes », a-t-il soutenu, citant nommément Joseph Kabila, Corneille Nangaa et l’AFC/M23. Sa logique, il la résume d’une question, « comment voudriez-vous traiter la question de la guerre si vous ne la discutez pas avec ceux qui la font ». Mais il pose lui aussi une limite. « Si le dialogue est entendu comme étant une messe pour consacrer un passage en force sur la base de la violation de la Constitution, je ne serai pas de la partie. »
Le désaccord déborde sur le terrain constitutionnel. Kazadi reproche à la C64 de fonder son mouvement sur une violation de l’article 64, dont l’alinéa 2 fait de toute tentative de renversement du régime constitutionnel une infraction, en cherchant à chasser le président de son fauteuil. Sesanga rétorque que réclamer la démission d’un chef d’État relève d’un droit démocratique, et que la Constitution n’a pas vocation à être écrite comme un procès-verbal énumérant chaque droit. Le même article 64, qui a donné son nom à la coalition d’opposition, est ainsi retourné par chacun contre l’autre.
Autour de ces deux pôles, les autres acteurs se sont positionnés. La Coalition Article 64 a dit oui, sous conditions, en reportant sa marche du 22 juillet à l’appel des Églises et en fixant un ultimatum au 15 août pour la convocation effective du dialogue. Le camp de Joseph Kabila a émis des réserves. L’AFC/M23, par la voix de Corneille Nangaa, a refusé de participer, écartant tout compromis avec Kinshasa. Les groupes Wazalendo ont accepté le principe, mais « entre Congolais », en posant des préalables et en refusant que le dialogue serve à blanchir des rebelles ou à distribuer des postes. Le mouvement citoyen LUCHA a plaidé pour un dialogue inclusif qui ne soit « ni un stratagème de conservation du pouvoir, ni un simple marché de négociation des postes politiques ».
Delly Sesanga, lui, balaie l’idée d’un flottement dans ses propres rangs à propos des reports successifs de la marche. Il y voit au contraire « une forme d’aveu involontaire que le combat de la C64 est désormais porté par le peuple congolais », la position de la coalition étant devenue, selon lui, le centre du débat. Accéder à la demande des Églises relèverait de « la grande sagesse », sans compromettre la suite. La ligne de fracture est donc tracée. Pour le pouvoir, le dialogue doit souder la nation contre Kigali et exclure quiconque en porterait l’agenda. Pour cette opposition, il n’aura de sens que s’il réunit tout le monde, y compris ceux que Kinshasa combat. C’est cet écart que les confessions religieuses, chargées d’accompagner le processus, devront réduire avant qu’une table ne soit dressée.
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