RDC: Les ADF poussent plus de 10 000 personnes à fuir vers le Haut-Uélé
Traqués à Mambasa, les rebelles affiliés à l'organisation État islamique cherchent un nouveau sanctuaire dans les forêts du Haut-Uélé. Face à ce front qui s'ouvre, cinq provinces tentent de coordonner la riposte.
RDC: Les ADF poussent plus de 10 000 personnes à fuir vers le Haut-Uélé
AFP
Le foyer de guerre se déplace. Depuis quelques semaines, plus de 10 000 personnes ont fui les territoires de Watsa et de Wamba, dans le Haut-Uélé, devant la progression des Forces démocratiques alliées, selon des sources locales et la société civile. Repoussés de leur zone d’action habituelle, à Mambasa, en Ituri, les combattants cherchent de nouveaux refuges dans les forêts de la province voisine, où l’armée reste peu présente en milieu rural.
Le mouvement suit une logique de sanctuaire. Les rebelles auraient établi leur principal bastion à Suka ya Mboka, en pleine forêt, entre le territoire de Mambasa et ceux de Wamba et de Watsa. De là, ils opèrent par vagues. Une attaque a visé Mungbere il y a deux semaines, avant que les assaillants ne soient signalés en marche vers Betongwe, à moins de cent kilomètres de Wamba. La semaine dernière, une incursion a été contenue de justesse aux abords de la ville.
Derrière ces mouvements, un exode. Les déplacés viennent surtout des chefferies de Mahaa, d’Andobi et de Kebo-Apodo. Ils convergent vers des localités jugées plus sûres, Gombari, Watsa-Centre, Moku et Giro, où ils s’entassent sans abri ni vivres. La société civile décrit un vide sécuritaire, avec des détachements militaires en sous-effectif dans les villages proches de la frontière avec l’Ituri, et lance un double appel, à une aide humanitaire d’urgence et à une opération d’envergure pour déloger les rebelles avant qu’ils ne s’enracinent.
Cette menace n’est pas ignorée en haut lieu. Du 2 au 4 juillet, les gouverneurs et les responsables du renseignement de cinq provinces, le Nord-Kivu, l’Ituri, la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé, se sont réunis à Kisangani pour bâtir un plan régional contre le groupe. L’idée est de mieux partager le renseignement pour anticiper les déplacements des rebelles et réduire leurs zones de repli.
« Cette initiative peut contribuer à améliorer l’efficacité des opérations sécuritaires », estime Papy Kasereka, analyste des crises dans l’est de la RDC, pour qui une meilleure coordination limite les refuges des ADF. Il pose toutefois une condition, que les recommandations de Kisangani soient suivies d’effets et que l’engagement des autorités s’inscrive dans la durée.
C’est tout l’enjeu du moment. Entre un sanctuaire qui se forme dans la forêt et un plan encore sur le papier, la course est engagée. Pour les familles de Mahaa ou d’Andobi, déjà sur les routes, elle se compte en jours.