Biodiversité RDC : face au déboisement, le Bassin du Congo peut-il rester le “pays-solution” ?

RDC : face au déboisement, le Bassin du Congo peut-il rester le “pays-solution” ?

Euloge Bossio Wa Bossio lors de la soutenance de son mémoire de licence à l’Université libre de Kinshasa, Kinshasa 10 septembre 2025 | @Guellor Fini.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 11 SEPTEMBRE 2025 - 07:55 WAT · 3 min de lecture

Poumon vert de la planète, le Bassin du Congo joue un rôle vital dans l’équilibre climatique mondial. Mais le rythme alarmant de la déforestation en République démocratique du Congo (RDC) met à l’épreuve son statut de “pays-solution”. Dans son mémoire de licence présenté avec brio ce mercredi à l’Université libre de Kinshasa (ULK), Euloge Bossio Wa Bossio, exploitant forestier, questionne cette réalité et plaide pour une gouvernance forestière renouvelée.

Depuis ses débuts dans le milieu académique, celui qui a également fait ses études universitaires en Afrique du Sud et aux États-Unis d’Amérique, s’est rapidement démarqué par son engagement en faveur de la protection de l’environnement. Témoignant des pratiques destructrices observées sur le terrain forestier, il a choisi de transformer sa révolte en action concrète, se positionnant comme un acteur déterminé à encadrer l’exploitation forestière au profit de l’intérêt général.

« J’ai commencé mon parcours académique animé par la révolte face aux pratiques destructrices de certains exploitants forestiers : ils déboisent sans replanter. C’est ce constat qui m’a poussé à devenir défenseur de l’environnement et à œuvrer pour réglementer l’exploitation forestière au service de l’intérêt général », a confié à BETO l’originaire du territoire de Bongandanga, dans la province de Mongala.

Un rôle climatique sous pression

Avec ses 165 millions d’hectares de forêts, soit 62 % du couvert forestier du Bassin du Congo, la RDC absorbe chaque année près de 24 gigatonnes de carbone – l’équivalent de dix ans d’émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Ce potentiel place le pays au cœur de la lutte contre le changement climatique. Mais selon l’auteur, qui est aussi assistant parlementaire du Sénateur Claude Bossio Wa Bossio, ce rôle est compromis par l’exploitation forestière illégale, l’agriculture extensive et un contrôle étatique insuffisant, qui entraînent une perte accélérée du couvert forestier.

Des lois solides mais fragiles sur le terrain

La RDC s’est dotée d’un arsenal juridique ambitieux, notamment le Code forestier de 2002 et la loi sur la protection de l’environnement, révisée en 2023. Ces textes, alignés sur les initiatives internationales comme le REDD+, visent à encadrer l’exploitation des ressources naturelles. Mais leur mise en œuvre est freinée par la corruption, l’absence de suivi efficace et la faible participation des communautés locales.

Pour répondre à cette crise, Euloge Bossio propose une approche intégrée :
• un déboisement strictement encadré, accompagné de reboisement équivalent,
• l’implication directe des populations riveraines dans les décisions de gestion forestière,
• un effort accru de sensibilisation et d’éducation environnementale,
• et la création d’une École nationale de l’environnement pour former les futurs acteurs de la politique écologique.

Un enjeu global

Au-delà de la RDC, l’avenir du Bassin du Congo est une question mondiale. Sa préservation conditionne les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique.

Si le pays parvient à conjuguer exploitation rationnelle de ses ressources et protection de son écosystème, il pourrait consolider son rôle de “pays-solution” et devenir un modèle de développement durable. Dans le cas contraire, il risque de basculer d’atout climatique en source de crise écologique.

Odon Bakumba

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