Baleine de Moanda : pourquoi l’État a choisi l’enfouissement
Plutôt que le musée ou le remorquage, l'État a fait enfouir la baleine échouée à Moanda. La ministre de l'Environnement en assume les raisons.
Baleine de Moanda : pourquoi l’État a choisi l’enfouissement
AFP
Près du village de Makasamba, sur le littoral du Kongo-Central, une pelle mécanique a refermé la terre sur la fosse le samedi 4 juillet. Au fond gisait la carcasse d’une baleine, une dizaine de mètres, près de dix tonnes, échouée trois jours plus tôt sur une plage de Moanda, l’unique fenêtre atlantique du pays. L’animal était mort le lendemain de son échouage, vers 19 heures, et l’Institut congolais pour la conservation de la nature l’avait enterré là, loin des regards. Restait à la ministre de l’Environnement à dire, devant la presse, ce qui avait guidé ce geste.
Elle l’a fait le mardi 7 juillet à Kinshasa, au cours d’un briefing du gouvernement où elle partageait la tribune avec le porte-parole Patrick Muyaya. Marie Nyange Ndambo, ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, y a assumé une décision que l’opinion discutait déjà, entre l’idée de conserver le squelette dans un musée et celle d’en faire une attraction touristique. Elle a écarté l’une et l’autre.
Le pays partait de rien. La RDC n’avait jamais eu à traiter un échouage de cette ampleur et ne disposait d’aucun équipement pour conserver un mammifère marin d’une telle masse. « L’enfouissement de la baleine, je vous ai dit tout à l’heure que c’est la première fois que la RDC connaît cette expérience », a rappelé la ministre. Prévenue alors qu’elle séjournait en Belgique, elle a écourté son voyage pour coordonner l’intervention. Sur place, une mission avait réuni les experts de son ministère, des techniciens de la Pêche, les équipes de l’ICCN, le gouverneur du Kongo-Central, les autorités locales, la société pétrolhère Perenco et des représentants de la société civile. Les opérations s’étaient prolongées jusque vers quatre heures du matin, dans l’espoir de remettre l’animal à l’eau. Piégée dans les bancs de sable, la baleine n’y a pas survécu.
Vint alors la question de la dépouille, et avec elle celle de la santé publique. Une carcasse de cette taille se dégrade vite et tourne au danger. « La baleine pourrit très vite. Elle pourrit plus vite même qu’un autre animal, malgré sa masse. Nous ne pouvions donc pas garder cet animal sans conséquences sur la santé humaine des communautés », a expliqué la ministre. Elle a insisté sur les émanations de la décomposition. « Dans la baleine, il y a des gaz toxiques, au point que si vous ne gérez pas bien les restes de la baleine, cela peut provoquer des dégâts énormes », a-t-elle affirmé. À ses yeux, l’enfouissement restait, au vu des moyens du pays, la seule issue durable.
Elle a dit avoir supervisé elle-même le chantier, la profondeur de la fosse, ses dimensions, la sécurisation du site. « J’ai dû coordonner moi-même les opérations pour être sûre que l’enfouissement respecte les normes », a-t-elle précisé. Un risque l’a occupée plus que les autres, celui de voir des riverains revenir déterrer des morceaux de chair, tentation réelle là où une telle carcasse représente une aubaine. « Il faut s’assurer qu’après l’enfouissement, aucun collègue ne va s’approcher pour aller chercher à couper des morceaux, quels qu’ils soient », a-t-elle déclaré.
Aux critiques, la ministre a opposé le principe de précaution. « Si le gouvernement n’avait pas pris cette responsabilité d’agir de cette manière, vous seriez les premiers à dire qu’il a été négligent », a-t-elle lancé, acceptant la part de contestation qui accompagne toute décision publique. Le coût de l’opération n’a pas été communiqué. Quant aux causes de l’échouage, elles demeurent en suspens : des analyses ont été confiées à des spécialistes congolais, dont la ministre a promis de rendre les conclusions publiques une fois les études achevées. Sous le sable de Makasamba, la première baleine que la RDC ait eu à enterrer garde encore la sienne.