La baleine de Moanda : 72 heures qui disent l’impréparation de l’État
Une carcasse de plusieurs tonnes immobilisée trois jours sur l'unique plage du pays, faute d'engins. L'échouage de Moanda est une anecdote animalière, et le miroir grossissant d'un État pris de court.
La baleine de Moanda : 72 heures qui disent l’impréparation de l’État
AFP
Dans la soirée du mercredi 1er juillet 2026, un grand cétacé a été repéré en détresse dans le ressac de Moanda, sur le littoral du Kongo-Central, seule fenêtre atlantique de la RDC. Le lendemain, jeudi 2 juillet, l’animal était mort, échoué sur le sable. Des centaines de curieux ont afflué. Faute d’engins adaptés, la carcasse est restée sur la plage plus de soixante-douze heures, jusqu’à son évacuation le samedi 4 juillet par une grue venue de Matadi, puis son inhumation au village de Makasamba. Ces trois jours-là valent bilan.
La voix officielle a été celle de l’Institut congolais pour la conservation de la nature, l’ICCN, qui gère un parc marin des mangroves à Moanda. Son responsable, De Dieu By’Ayombe, a d’abord établi les faits. « Quand la baleine a échoué, nous nous sommes rendu compte que c’étaient juste les derniers signes que la baleine avait manifesté. Mais, elle n’était plus en vie, elle était vraiment mourante », a-t-il déclaré à Radio Okapi. L’animal est donc arrivé mourant, avant de succomber dans les heures suivantes, les tentatives de le repousser vers le large ayant échoué.
Autour de la dépouille, les rumeurs ont vite couru. Voyant des trous dans la peau, des badauds ont cru à des impacts de balles. L’ICCN a corrigé, et alerté. « Ceux qui étaient là ont observé qu’il y avait même des trous, et pensaient que c’étaient des traces coups de balles. Mais, c’étaient des parasites qui pénètrent sur la peau des baleines, qui peuvent cacher des zoonoses qui sont à la base de beaucoup de maladies », a expliqué le responsable. L’institut a formellement interdit de toucher ou de consommer la carcasse, une espèce protégée par la convention CITES, et appelé ceux qui l’avaient manipulée à passer des examens.
Le cœur du problème tient en une phrase, celle d’un aveu. « Nous ne disposons pas d’une grue capable de soulever une charge de plus de sept tonnes. Perenco nous a prêté une excavatrice et DP World une tractopelle, mais cela n’a pas permis de déplacer l’animal », a reconnu le responsable de l’ICCN à Moanda. Pour venir à bout de la carcasse, il a fallu acheminer une grue de quarante-deux tonnes depuis Matadi, à plus de deux cents kilomètres de route. Trois jours de délai, deux entreprises privées sollicitées pour leurs engins, aucun matériel public pré-positionné sur la seule côte du pays.
La scène a aussi révélé un trou dans le dispositif de sécurité. Aucun périmètre n’a été dressé autour de la carcasse, laissant des centaines de personnes s’en approcher, la toucher, envisager d’en prélever de la viande, dans un contexte où l’institut lui-même invoquait un risque sanitaire. La gestion a reposé sur l’ICCN seul, appuyé par le gouverneur de la province, Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo, qui a ordonné l’envoi de la grue selon la RTNC. Ni protocole d’intervention rapide, ni équipe dédiée aux échouages, ni prélèvement scientifique organisé sur un animal dont l’espèce, à ce jour, n’a même pas été publiquement déterminée.
Trois médias congolais ont lu l’épisode comme un révélateur de gouvernance, et le diagnostic converge. L’événement, présenté partout comme rare sur le littoral congolais, a pris l’État au dépourvu parce que rien n’avait été prévu pour l’inattendu. La dépouille a fini enfouie, sans qu’aucune valorisation scientifique, un squelette pour un musée ou une université, ne soit évoquée. Un cétacé mort n’est pas une catastrophe nationale. Mais l’incapacité à le déplacer pendant trois jours en dit long sur les moyens réels d’un pays face à une urgence, fût-elle modeste. La prochaine, un jour, ne sera peut-être pas qu’une baleine.
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