RDC : Kinshasa réforme les règles pour relancer les exportations de cobalt
Un mineur artisanal tient une pierre de cobalt dans la mine artisanale de Shabara, près de Kolwezi. Junior Kannah/AFP via Getty Images
AFP
Après dix mois d’interruption, le cadre réglementaire encadrant les exportations de cobalt par la République démocratique du Congo (RDC) vient de connaître une refonte en profondeur, dans le but — officiellement — de relancer les ventes à l’exportation, selon Africa Intelligence. Mais, malgré l’annonce d’un nouveau système de quotas, les opérateurs miniers attendent toujours le feu vert de reprise. Et pour le marché mondial, cette attente pourrait alimenter une “quasi-pénurie” dans les semaines à venir.
En février 2025, les autorités congolaises ont décidé de suspendre pendant quatre mois toutes les exportations de cobalt pour “stabiliser le marché” une chute des prix alors jugée dangereuse pour l’économie minière du pays.
En juin, la suspension a été prolongée pour trois mois supplémentaires.
Malgré cette mesure drastique, la production ne s’est pas arrêtée : les entreprises minières ont continué d’extraire du cobalt. Au cours du premier semestre 2025, les géants du secteur — en particulier Glencore et CMOC — ont collectivement produit 78 773 tonnes, soit une hausse de 15 % sur un an.
Du gel à la “libération graduelle” : un système de quotas
Le 21 septembre 2025, l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS) a annoncé que l’embargo serait levé à partir du 16 octobre, et remplacé par un système de quotas d’exportation. Concrètement, pour 2025, les exportations seront limitées à environ 18 125 tonnes, avec des plafonds annuels projetés autour de 96 600 tonnes pour 2026 et 2027.
Mais — et c’est un point crucial — même si le cadre légal est désormais en place, les expéditions ne peuvent reprendre qu’après accord formel de ARECOMS. À ce jour, ce feu vert n’a pas encore été donné.
Pourquoi la reprise tardive inquiète le marché mondial
La RDC n’est pas un pays mineur dans le secteur : elle représente à elle seule près de 70 % de la production mondiale de cobalt. Le gel des exportations puis le système de quotas ont réduit l’offre disponible sur le marché mondial. Déjà, beaucoup anticipent un « choc d’offre » : même si les expéditions reprennent rapidement, les nouveaux volumes — limités — ne suffiront probablement pas à répondre à la demande mondiale.
Par ailleurs, avec les délais d’acheminement (notamment vers les raffineries en Chine), toute reprise ne pourrait, au mieux, alimenter le marché que vers la fin du premier trimestre 2026.
Entre relance économique et maîtrise stratégique
Pour Kinshasa, ce nouveau régime de quotas n’est pas qu’un instrument économique : c’est un levier de maîtrise politique et géopolitique. En contrôlant les volumes exportés, la RDC entend peser sur les prix mondiaux et tirer un meilleur parti de son atout minier.
Mais ce pari n’est pas sans risque. Certains analystes préviennent qu’une baisse prolongée de l’offre pourrait pousser les acheteurs — notamment les fabricants de batteries pour véhicules électriques — à se détourner du cobalt, en faveur d’alternatives moins dépendantes de ce métal, ce qui priverait la RDC de clients essentiels.
La décision de reformer le cadre des exportations de cobalt en RDC — via un système de quotas — marque une tentative de redonner de la valeur au minerai, au moment où les prix mondiaux et la demande repartent à la hausse. Mais l’absence de reprise concrète des exportations malgré l’annonce du système inquiète le marché. Si le signal n’est pas donné bientôt, le risque d’une pénurie mondiale de cobalt — et ses conséquences sur la chaîne des batteries et véhicules électriques — deviendra très probable.
Odon Bakumba
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