RDC : les entreprises publiques ont cumulé plus de 5 milliards de dollars de pertes en dix ans (Banque mondiale)
Dans un rapport consacré à la situation économique de la RDC et cité par RFI, la Banque mondiale décrit un secteur fragilisé par des déséquilibres structurels persistants. Ces pertes concernent des entreprises stratégiques opérant dans l’énergie, les transports, l’eau et les mines. Dans une économie largement portée par les exportations minières, le poids du portefeuille
RDC : les entreprises publiques ont cumulé plus de 5 milliards de dollars de pertes en dix ans (Banque mondiale)
AFP
Dans un rapport consacré à la situation économique de la RDC et cité par RFI, la Banque mondiale décrit un secteur fragilisé par des déséquilibres structurels persistants. Ces pertes concernent des entreprises stratégiques opérant dans l’énergie, les transports, l’eau et les mines. Dans une économie largement portée par les exportations minières, le poids du portefeuille public apparaît paradoxal : central dans l’architecture économique, mais durablement déficitaire et de plus en plus difficile à soutenir pour les finances de l’État.
En 2023, plus des deux tiers des entreprises publiques disposant de données financières ont enregistré des résultats négatifs. Les difficultés sont particulièrement aiguës dans les secteurs essentiels. Dans l’électricité, la SNEL fait face à des pertes techniques évaluées à 37 % de sa production, dans un contexte de réseau vétuste et de coupures récurrentes. Dans l’eau, la REGIDESO ne parvient à desservir qu’une partie limitée de la population, avec d’importantes déperditions entre la production et la distribution.
Les transports publics illustrent également cette dégradation. L’ONATRA, la SNCC et la RVA figurent parmi les structures les plus fragilisées, confrontées à des infrastructures vieillissantes, des déficits chroniques et une capacité d’investissement réduite.
Au-delà des pertes, le rapport souligne une dynamique d’endettement préoccupante. Celui-ci est passé de 5,7 % du PIB en 2019 à 7,3 % en 2023, représentant désormais environ 42 % de la dette extérieure publique. La Banque mondiale estime qu’un défaut de paiement des principales entreprises publiques pourrait coûter au Trésor près de 179 millions de dollars en une seule année, la SNEL concentrant à elle seule l’essentiel de ces engagements.
Les tensions de trésorerie apparaissent structurelles : retards de paiement accumulés, créances stagnantes et recours à l’endettement non pour investir, mais pour assurer la continuité des opérations. Ce fonctionnement entretient un cercle vicieux de sous-performance et de dépendance croissante au budget de l’État.
Le rapport pointe également des défaillances de gouvernance, évoquant des conseils d’administration politisés, des nominations insuffisamment fondées sur les compétences et un contrôle institutionnel fragmenté. La transparence financière reste limitée : en 2024, seules dix des vingt principales entreprises publiques ont publié leurs états financiers, souvent de manière irrégulière.
Même le secteur minier public, pourtant central dans les recettes d’exportation, n’échappe pas à ces fragilités. La Gécamines concentre une part significative de la dette du portefeuille public, tandis qu’à la MIBA, les charges salariales dépassent largement les revenus, atteignant jusqu’à 137 % du chiffre d’affaires.
Dans un pays au potentiel hydroélectrique considérable mais exploité à seulement 3,2 % la Banque mondiale voit dans ces dysfonctionnements un frein majeur, non seulement pour les finances publiques, mais aussi pour la compétitivité économique et l’amélioration des conditions de vie des populations.
Gloire MALUMBA
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