RDC : MSF alerte sur l’accélération de l’épidémie d’Ebola et réclame une riposte renforcée
Deux mois après la déclaration de l’épidémie d’Ebola, la RDC compte près de 2 000 cas confirmés et plus de 700 décès. Face à une propagation jugée sans précédent, Médecins Sans Frontières appelle à un renforcement urgent de la réponse médicale, particulièrement en Ituri, principal foyer de la maladie.
MSF medical teams debrief from the red zone after patient rounds, communicating with medical staff in the green zone. Patient files are considered contaminated and remain in the red zone, with information relayed verbally to ensure infection prevention measures are maintained at the Ebola Treatment Centre in Lwiro, South Kivu.
AFP
Deux mois après la déclaration officielle de l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (RDC), Médecins Sans Frontières (MSF) tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué publié mercredi 15 juillet, l’organisation humanitaire estime que la réponse actuelle reste insuffisante face à une flambée qui continue de gagner du terrain à un rythme inédit.
Selon les dernières données arrêtées au 12 juillet, l’épidémie totalise près de 2 000 cas confirmés et plus de 700 décès, faisant déjà de cette flambée, provoquée par le virus Bundibugyo, la troisième plus importante jamais enregistrée dans le monde et la plus rapide en termes de progression.
« Chaque retard coûte des vies. Nous continuons à courir après l’épidémie au lieu de garder une longueur d’avance sur elle », alerte Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF. Elle plaide pour « une action internationale plus forte et mieux coordonnée » afin d’améliorer l’accès aux soins contre Ebola et de préserver les autres services de santé essentiels.
Une progression fulgurante
En moins de cinq semaines, le nombre de cas confirmés a triplé, passant de 650 à près de 2 000, tandis que les décès ont été multipliés par plus de cinq, passant de 130 à plus de 700. L’épidémie a déjà dépassé la moitié des cas recensés lors de la précédente flambée d’Ebola en RDC entre 2018 et 2020, qui s’était étendue sur près de deux ans.
MSF souligne également que la maladie poursuit son extension géographique, touchant de nouvelles zones où l’accès aux soins demeure limité. Le système de surveillance sanitaire est saturé et les centres de traitement peinent à absorber l’afflux de patients.
La province de l’Ituri concentre environ 90 % des cas confirmés, selon MSF. À Mongbwalu, les équipes médicales constatent quotidiennement les conséquences de cette insuffisance de moyens. « Nous continuons à voir arriver des patients dans un état critique, avec peu de chances de survie », explique Ayokunnu Raji, responsable des programmes médicaux de MSF. Depuis le début de l’intervention de l’organisation, 57 patients ont survécu, mais plus de 110 sont décédés dans le centre de traitement.
Même constat à Bunia, où le centre de traitement Ebola Elikiya, doté de 90 lits, fonctionne quasiment en permanence à pleine capacité. « Les gens nous disent régulièrement qu’ils préfèrent attendre chez eux jusqu’à ce qu’un lit soit disponible », rapporte Sylvie Kaczmarczyk, coordinatrice des urgences de MSF à Bunia. Une situation qui retarde la prise en charge et réduit considérablement les chances de survie des malades.
Renforcer la réponse au plus près des communautés

Face à cette situation, MSF appelle les autorités sanitaires congolaises et les partenaires humanitaires à intensifier rapidement les efforts dans plusieurs domaines : la surveillance épidémiologique, le dépistage, le diagnostic précoce, la prise en charge des patients, le suivi des survivants, la mobilisation communautaire ainsi que la gestion sécurisée et digne des dépouilles. L’organisation insiste également sur la nécessité de rapprocher les soins des populations afin de détecter plus rapidement les nouveaux cas et d’interrompre les chaînes de transmission.
Toutefois, cette réponse est compliquée par les restrictions de circulation, notamment les fermetures de frontières et les mesures imposées aux personnels humanitaires, qui ralentissent le déploiement des spécialistes de la lutte contre Ebola.
Une crise aggravée par l’insécurité et les autres urgences sanitaires
L’épidémie évolue dans un contexte particulièrement complexe marqué par les conflits armés, les déplacements de populations et la multiplication des crises sanitaires. Outre Ebola, les équipes médicales doivent également faire face au choléra, au paludisme et à d’autres maladies, alors que l’approche de la saison des pluies laisse présager une augmentation des cas de paludisme.
MSF gère actuellement sept centres de traitement Ebola et plus de quinze unités d’isolement dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de la Tshopo, représentant une capacité de plus de 430 lits. Depuis le début de l’épidémie, l’organisation indique avoir admis plus de 968 patients, dont 357 cas confirmés, et accompagné le rétablissement de 116 survivants.
Estimant que les ressources disponibles ne sont plus à la hauteur de l’ampleur de la crise, MSF appelle la communauté internationale à accroître rapidement son soutien. « Seule une réponse médicale solide, dotée de ressources suffisantes et reflétant véritablement l’ampleur des besoins sur le terrain, peut empêcher cette épidémie de se transformer en une crise que nous ne serons plus en mesure de contenir », conclut Trish Newport.
Odon Bakumba