Dialogue national : le calendrier en trois mois que Tshisekedi s’impose
Sur une allocution de plus de quatre mille mots, un seul chiffre engage le président de la République. « L'ensemble du processus sera limité à une durée maximale de trois mois », a déclaré Félix Tshisekedi jeudi 27 août à Kinshasa, en lançant le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l'État. Tout le reste du dispositif, les organes, les participants, l'ordre du jour, tient dans des ordonnances qui ne sont pas encore signées. Ces trois mois doivent contenir deux ordonnances, vingt-six consultations provinciales, des assises nationales à Kinshasa et l'adoption d'un Pacte national.
Dialogue national : le calendrier en trois mois que Tshisekedi s’impose
AFP
Deux ordonnances avant la première consultation provinciale
La première ordonnance est annoncée « dans les tout prochains jours ». Elle instituera un Comité d’organisation chargé « d’assurer la préparation administrative, matérielle et logistique du Dialogue » et de vérifier que les préalables à sa tenue sont réunis. Ce Comité ne convoque rien : il travaille, puis remet au chef de l’État « un rapport préliminaire présentant ses conclusions et ses recommandations ».
C’est seulement sur la base de ce rapport que vient la seconde ordonnance, celle qui convoque le Dialogue. Elle fixera « les principes directeurs, les principales étapes, les modalités de représentation ainsi que les mécanismes de suivi et de mise en œuvre de ses conclusions ». Elle instituera au passage une Commission préparatoire, distincte du Comité, chargée de proposer la feuille de route et de conduire les consultations techniques et politiques. Les confessions religieuses y siégeront.
Le Bureau et l’Assemblée plénière, eux, « suivront par la suite ». Quatre organes, donc, dont deux seulement sont nommés avec leurs attributions, et aucun n’existe juridiquement au soir du 27 août. Le président a fixé les critères de choix des membres de la Commission préparatoire : « leur compétence, leur probité, leur indépendance d’esprit et leur attachement à l’intérêt national ».
Vingt-six diagnostics à consolider en un seul document
Le processus « ne commencera pas à Kinshasa, mais au cœur de nos 26 provinces ». Des forums préliminaires se tiendront au chef-lieu de chacune d’elles, réunissant les autorités locales, les députés nationaux et les sénateurs élus de la province, les représentants des entités territoriales décentralisées et déconcentrées, les partis de la majorité comme de l’opposition, la société civile, les autorités coutumières, les confessions religieuses et les milieux professionnels, économiques, universitaires et scientifiques.
Chaque province devra produire son propre diagnostic, portant sur « les causes de l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les insuffisances administratives, les inégalités, les obstacles au développement et les réformes jugées nécessaires ». La consultation s’élargit ensuite aux institutions et services publics nationaux, aux entreprises et établissements publics, aux organisations de femmes, de jeunes, de travailleurs et de personnes vivant avec handicap, aux acteurs de l’économie informelle et à la diaspora.
Ces contributions doivent être « consolidées dans un document de synthèse nationale, qui constituera le socle des travaux ». La formule engage une chaîne : vingt-six forums, une synthèse, puis seulement les assises. « Les assises de Kinshasa ne seront pas le point de départ du Dialogue, mais l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays », a affirmé le chef de l’État.
Aucune date d’ouverture des forums provinciaux n’a été annoncée. Le calendrier province par province relève du Comité d’organisation, qui n’est pas encore installé.
Trois mois pour produire un Pacte national et sa matrice
Le terme du processus est un texte : « les assises devront aboutir à l’adoption d’un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Ses conclusions seront réparties selon les compétences constitutionnelles de chaque institution. Les engagements du président feront l’objet de décisions ; ceux du gouvernement seront traduits « en actions assorties d’échéances, de moyens et d’objectifs mesurables » ; les réformes relevant du Parlement lui seront transmises selon les procédures prévues par la Constitution.
Une matrice publique de mise en œuvre précisera, pour chaque engagement, « l’institution responsable, le calendrier d’exécution et les résultats attendus ». Un mécanisme national de suivi sera institué et des rapports périodiques rendus publics.
Le président justifie l’encadrement du délai par un risque nommé : le processus doit rester « rigoureusement encadré afin de prévenir l’enlisement, les manœuvres dilatoires et la dilution des responsabilités ».
Une échéance qui tombe avant celle du mandat de la Monusco
Ces trois mois ne courent pas dans un espace vide. Le 22 août 2026, cinq jours avant l’allocution, le gouvernement congolais et l’AFC/M23 se sont accordés à Doha sur une feuille de route et sur la création d’un organe chargé « d’examiner les progrès accomplis et d’identifier les difficultés liées à l’exécution des obligations et engagements » de l’accord-cadre du 15 novembre 2025. Le secrétariat du mécanisme élargi de vérification, l’EJVM+, a été mis en place ; une mission de reconnaissance a été conduite le 20 août avec l’appui logistique de la Monusco, et une première mission de vérification du cessez-le-feu était programmée le 24 août à Minembwe.
Le président a placé lui-même les deux calendriers côte à côte. Les processus de Washington et de Doha « sont indispensables », a-t-il dit, mais « ils ne peuvent, à eux seuls, réparer toutes les fractures qui traversent notre Nation ». Et plus loin : « aucun accord diplomatique ne peut définir, à la place des Congolais, la République que nous voulons bâtir ».
Une troisième échéance encadre l’exercice. La résolution 2808 du Conseil de sécurité, adoptée le 19 décembre 2025 à la 10075e séance, proroge le mandat de la Monusco jusqu’au 20 décembre 2026 et autorise la mission à « participer au Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu convenu par les parties à Doha le 14 octobre ». Décompté depuis son lancement, le Dialogue national arrive à son terme fin novembre, avant que le Conseil de sécurité ne se prononce à nouveau sur la présence onusienne en RDC.
Sur le terrain politique intérieur, le lancement intervient douze jours après l’expiration de l’ultimatum du 15 août posé par la C64, que BETO a suivi depuis le début du mois.
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