Banques et finances Le Trésor lève 48,6 millions de dollars à 8 %, et paie plus cher pour trois mois que pour deux ans

Le Trésor lève 48,6 millions de dollars à 8 %, et paie plus cher pour trois mois que pour deux ans

L'adjudication du 28 juillet a été couverte à 121,7 %. Mais l'État sert 8 % à deux ans et 10,5 % à trois mois, et il lève en dollars ce qu'il échoue à lever en francs.

Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi devant les élus du peuple à l'Assemblée nationale
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 29 JUILLET 2026 - 14:45 WAT · 5 min de lecture

L’État congolais a reçu 48,6 millions de dollars de soumissions pour son adjudication d’obligations du Trésor du 28 juillet 2026, contre un objectif de 40 millions, soit un taux de couverture de 121,7 %. Cinq soumissionnaires se sont présentés. Le titre offre 8 % l’an sur deux ans, avec remboursement du principal tous les six mois et intérêts versés quatre fois par an. Ces chiffres proviennent d’un communiqué signé par le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, restitué par Zoom Eco. Le communiqué lui-même n’a pas été mis en ligne : le site de la Direction générale de la dette publique, consulté le 29 juillet, ne comporte aucune rubrique consacrée aux adjudications, et sa dernière publication porte sur le quatrième trimestre 2025.

Une réserve s’impose avant toute lecture de ce succès. Les 48,6 millions sont des offres reçues, pas nécessairement le montant retenu par le Trésor. L’écart peut être considérable : le 12 mai 2026, une adjudication couverte à 123,65 % avec 86,5 millions de soumissions n’avait donné lieu qu’à 63,553 millions retenus. Le 14 juillet, à l’inverse, l’intégralité des 80,86 millions offerts avait été prise, pour un objectif de 60 millions. Le taux moyen pondéré du 28 juillet n’est pas davantage publié, alors que l’écart avec le taux nominal peut peser : le 23 juin, une émission annoncée à 10,5 % s’était réglée à 9,64 % en moyenne pondérée.

Une courbe à l’envers

Le prix de l’argent a bougé cette année, et pas dans le même sens selon la maturité. Sur les obligations en dollars, l’État servait 9 % en janvier, en février et en mars, avec des titres à dix-huit mois. À partir de mai, le taux tombe à 8 % et la maturité s’allonge à deux ans, niveau reconduit le 2 juin, le 16 juin, le 14 juillet et le 28 juillet. Sur les bons du Trésor, la trajectoire est inverse : 9,8 % à six mois en février, 10,5 % à six mois le 31 mars, 10,5 % encore à trois mois le 23 juin. L’État emprunte donc plus cher à trois mois qu’à deux ans. Une courbe des taux inversée signale d’ordinaire que les prêteurs jugent le risque plus élevé à court terme qu’à long terme, ou qu’ils exigent une prime pour immobiliser leur trésorerie immédiate.

Ce que les souscripteurs veulent, le Fonds monétaire international l’a écrit avant que la série 2026 ne le démontre. Dans son rapport pays n° 26/2, publié en janvier 2026 au titre de la deuxième revue de l’accord de facilité élargie de crédit, l’institution note : « Banks remain reluctant to extend maturities or increase holdings of CDF-denominated instruments, preferring to match maturity and currency composition of their assets with their liabilities. » Et plus loin : « The recent volatility of the exchange rate has made CDF-indexed debt instruments less attractive, while banks’ appetite for USD-denominated instruments remains strong. » Les chiffres du premier semestre 2026 confirment ce partage. L’État a levé 1,1019 milliard de dollars en devises, soit 122,4 % de son objectif, et seulement 357,0 milliards de francs congolais, soit 31,0 % d’une cible de 1 150 milliards. Le calendrier indicatif du troisième trimestre vise 400 millions de dollars supplémentaires.

L’encours a changé d’échelle en six ans. Le même rapport du FMI relève une progression des titres publics intérieurs « from USD 37.5 million (end-2019) to USD 1.94 billion (July 2025) ». Le bulletin trimestriel de la Direction générale de la dette publique, arrêté au 31 décembre 2025 et mis en ligne le 21 avril 2026, le corrobore et le situe : « au quatrième trimestre 2025, l’encours de la dette publique s’élève à USD 15.515,75 millions dont USD 9.730,56 millions de dette extérieure et USD 5.785,19 millions de dette intérieure. » Les titres publics en représentent 1 943,40 millions, soit 34 % de la dette intérieure, derrière les arriérés dus à la banque centrale, 1 814,44 millions. La loi de finances 2026 inscrit un service de la dette publique de 991,9 millions de dollars, contre 675,8 millions en 2025, soit 4,1 % du budget général.

Reste le paramètre que le communiqué n’aborde pas. L’État emprunte en dollars et encaisse l’essentiel de ses recettes en francs, au moment où ses réserves de change reculent. Au 16 juillet 2026, elles s’établissaient à 7,7 milliards de dollars, en repli de 259,95 millions en une semaine. « Le stock actuel des réserves représente 2,97 mois d’importations de biens et services, contre plus de trois mois au début du mois de juillet 2026 », relève Zoom Eco, qui ajoute : « La Banque Centrale du Congo n’a, à ce stade, fourni aucune explication officielle sur les facteurs ayant entraîné cette baisse hebdomadaire. » L’inflation, elle, est retombée à 3,0 % en glissement annuel en juillet, contre 7,9 % un an plus tôt. Un rendement de 8 % en dollars sur deux ans, dans ce contexte, se compare avantageusement à tout autre emploi de trésorerie disponible localement.

La prochaine vérification n’est pas la couverture de la prochaine adjudication, mais deux documents que l’État ne publie pas : le montant réellement adjugé le 28 juillet, et le bulletin de dette du premier semestre 2026, attendu de la Direction générale de la dette publique.

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B
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