Politique RDC – Plaidoyer pour une loi sur le « Génocost » : le Dr Guelord Luema veut graver la mémoire dans le marbre
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RDC – Plaidoyer pour une loi sur le « Génocost » : le Dr Guelord Luema veut graver la mémoire dans le marbre

Pr Guelord Luema. ©️Photo FONAREV
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 11 AOÛT 2025 - 18:58 WAT · 4 min de lecture

À Kinshasa, le débat sur la reconnaissance du génocide congolais ne se limite plus aux commémorations officielles ou aux résolutions parlementaires. Dans les cercles académiques et juridiques, une idée gagne du terrain : passer par la loi pour ancrer ce devoir de mémoire au cœur de la République. L’un de ses plus ardents défenseurs, le Professeur Guelord Luema Lusavuvu, docteur en droit public à l’Université Paris-Est Créteil, en a fait son cheval de bataille.

Pour cet enseignant, la reconnaissance formelle par une loi nationale n’est pas une option, mais un impératif. « La reconnaissance du génocide doit préalablement s’opérer par son appropriation sur le plan national. Contrairement à ceux qui soutiennent la reconnaissance par voie d’une résolution parlementaire, l’appropriation du génocide congolais doit, au regard de l’intérêt général qui s’attache à la protection des droits fondamentaux des peuples congolais, être consacré par une loi tant que la loi constitue l’expression de la volonté générale », explique-t-il, estimant qu’une telle démarche hisserait la mémoire des victimes au rang des intérêts fondamentaux de la nation, au même titre que la protection de l’environnement ou l’intégrité territoriale.

Censurer le négationnisme

Pour le chercheur, la lutte contre le génocide congolais, mieux le « génocost » doit être inscrite parmi les intérêts fondamentaux de la Nation. Cela à la lumière de la loi n° 024/2002 du 18 novembre 2002 portant Code pénal militaire congolais. Cette loi sanctionne les atteintes contre les intérêts fondamentaux de la Nation.

En effet, il faut entendre par intérêts fondamentaux de la Nation au regard de l’article 126 de la présente loi : « son indépendance ; l’intégrité de son territoire ; sa sécurité ; la forme républicaine de ses Institutions ; les moyens de sa défense et de sa diplomatie ; la sauvegarde de sa population, même à l’étranger ; l’équilibre de son milieu naturel et de son environnement ; les éléments essentiels de son potentiel scientifique, économique et de son patrimoine culturel ».

Le Docteur Guelord Luema prévient : toute reconnaissance officielle doit aller de pair avec une pénalisation du négationnisme. « Ceux qui affirment qu’il n’y a pas eu de génocide congolais doivent répondre devant la justice », martèle-t-il. À ses yeux, la loi doit non seulement protéger la vérité historique, mais aussi prévenir toute banalisation de crimes de masse.

Un enjeu stratégique

Dans cette démarche, la RDC ne devrait pas se contenter d’une reconnaissance formelle du génocide ou du génocost congolais. Il lui appartient également d’adapter le Code pénal afin de pouvoir sanctionner les actes de génocide en prenant en compte leurs dimensions économiques tout en érigeant en infraction le négationnisme du génocost congolais.

Cette bataille n’est pas qu’un symbole mémoriel. En inscrivant la reconnaissance du génocide – ou « Génocost », selon le terme employé par le Président Félix Tshisekedi – dans la loi, la RDC se doterait d’un outil stratégique de cohésion nationale et de diplomatie. « La reconnaissance doit d’abord être nationale. Une loi permet d’en faire un pilier de la République », insiste le chercheur.

Le volet économique : l’angle mort

Lors d’un colloque fin juillet 2025 à Kinshasa, Docteur Guelord Luema a défendu l’intégration du « génocide économique » dans la définition du crime. Ce concept, discuté dès 1948 mais écarté pour des raisons politiques – notamment afin de ménager les puissances coloniales – vise à sanctionner les crimes motivés par le pillage des ressources.

Le Professeur rappelle que l’idée fut également rejetée lors de l’élaboration du Statut de Rome. Mais dans un contexte où les conflits armés en RDC sont largement alimentés par les convoitises minières, il estime que le temps est venu de rouvrir le dossier. À l’en croire, il est aberrant d’ignorer que l’économie est une arme dans ces crimes.

Prochain rendez-vous : Paris

Le 24 novembre 2025, la faculté de droit de l’Université Paris-Est Créteil accueillera un colloque international sur « les angles morts de la dimension économique des crimes internationaux ». Le Professeur Guelord Luema y présentera ses propositions, convaincu que la bataille pour la reconnaissance du “Génocost” commence par une réforme du droit congolais.

Une réforme qui, selon lui, pourrait transformer un mot prononcé lors d’un discours présidentiel en un véritable pilier juridique de la mémoire nationale.

Junior Ngandu

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