RDC : plus de 10 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë à cause de la recrudescence des violences dans l’Est
RDC : plus de 10 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë à cause de la recrudescence des violences dans l’Est
AFP
La situation sécuritaire et humanitaire continue de se dégrader dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, d’Ituri et de Tanganyika, où des groupes armés intensifient les violences contre les civils et les infrastructures sociales de base. Selon le dernier rapport de l’OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires) couvrant la période du 1er au 31 mars 2025, plus de 10,3 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë, en raison de la suspension des activités de plusieurs partenaires humanitaires.
Les conflits armés, les déplacements de populations, la raréfaction des stocks de produits alimentaires, la destruction de nombreux camps de déplacés et le pillage des entrepôts humanitaires sont également les principaux facteurs à l’origine de cette crise. Les provinces de l’Est, en particulier le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, sont les plus touchées par cette situation.
Une insécurité alimentaire en progression alarmante
« L’actualisation de l’analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) de mars 2025 révèle une aggravation alarmante de l’insécurité alimentaire, avec plus de 10,3 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë (Phases 3 et 4). Parmi elles, 7,9 millions se trouvent en situation de crise (Phase 3) et 2,3 millions en situation d’urgence (Phase 4) (IPC, 2025) », a-t-on lu dans ce rapport.
Groupes armés et administration parallèle
Les dernières données de l’IPC pointent du doigt les groupes armés tels que l’Alliance Fleuve Congo et le Mouvement du 23 mars (M23), soutenus par les forces de défense rwandaises, qui ont étendu leur domination sur de vastes territoires, établissant des administrations parallèles, notamment à Goma et à Bukavu.
« La fermeture de l’aéroport de Goma, après sa prise de contrôle par le M23 fin janvier 2025, complique l’acheminement de l’aide humanitaire (OIM, 2025). La situation s’est également détériorée dans le territoire de Kalehe et la zone de santé de Minova, où plus de 200 000 personnes déplacées ont cherché refuge (OCHA, 2025) », souligne de suite le rapport.
Le Tanganyika aussi en crise
Quoique moins médiatisée, la province du Tanganyika ne fait pas exception et connaît également des violences intercommunautaires et des attaques de groupes armés, contribuant à l’aggravation de la crise humanitaire. En raison de la recrudescence des conflits, la dynamique des déplacements a fondamentalement changé dans l’est de la République démocratique du Congo.
Déplacements forcés et retours précaires
À la mi-mars 2025, l’offensive du M23 avait contraint environ 1 150 000 personnes à se déplacer, tandis qu’environ 1 790 000 autres personnes déplacées avaient dû retourner vers leur lieu d’origine suite à la fermeture forcée des camps de déplacés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu (OIM, 2025).
Dans le seul Nord-Kivu, plus de 750 000 personnes déplacées ont quitté Goma, Nyiragongo, Masisi et Rutshuru pour retourner dans leur lieu d’origine ou être de nouveau déplacées.
Des conditions de vie de plus en plus précaires
Les personnes de retour sont confrontées à de nombreux défis supplémentaires, dont l’accès à la terre, au logement, à la nourriture, à l’eau et aux soins de santé, ainsi qu’au coût élevé du rétablissement de leurs moyens d’existence dans une situation sécuritaire hautement imprévisible.
Les conditions de vie dans les camps de déplacés restent précaires, avec un accès limité à la nourriture, à l’eau potable et aux soins de santé. La perturbation des activités agricoles et commerciales a eu de sévères conséquences sur la sécurité alimentaire et les moyens d’existence des ménages, augmentant ainsi la vulnérabilité des populations locales.
Silas MUNGINDA
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