Rougeole : 34 913 cas suspects au Sud-Kivu, 66 prélevés
La Direction de la surveillance épidémiologique du ministère de la Santé publique a mis en ligne, le 10 août, son bulletin hebdomadaire consacré à la rougeole, arrêté à la semaine épidémiologique 31.
Ph. Illustration d'une opération de Vaccination contre la rougeole en RDC
AFP
La Direction de la surveillance épidémiologique du ministère de la Santé publique a mis en ligne, le 10 août, son bulletin hebdomadaire consacré à la rougeole, arrêté à la semaine épidémiologique 31. Une ligne du tableau des indicateurs concerne le Sud-Kivu : 34 913 cas suspects notifiés depuis le 1er janvier, 540 décès parmi eux, et 66 échantillons prélevés. Rapporté au nombre de cas, le taux de prélèvement s’affiche à 0 %. La norme inscrite dans le même tableau, en face, est de 80 %.
Le Nord-Kivu voisin fait à peine mieux : 19 431 cas suspects, 62 décès, 366 prélèvements, soit 2 %. Les deux provinces totalisent 54 344 cas suspects sur les 114 004 enregistrés dans le pays, soit 47,7 % de l’épidémie nationale pour environ un septième de la population. Et elles n’en documentent presque rien en laboratoire.
Des notifications multipliées par 2,6 en un an, 1 289 confirmations biologiques
Le bulletin du ministère compte, pour les trente et une premières semaines de 2026, 114 004 cas suspects et 1 487 décès, soit une létalité apparente de 1,3 % parmi les cas suspects. Sur la même période de 2025, la RDC avait notifié 43 757 cas suspects et 689 décès. Le volume notifié a été multiplié par 2,6 en un an. Sur les semaines 28 à 31, le pays a enregistré 11 841 cas suspects et 210 décès, les provinces les plus touchées étant le Sud-Kivu, le Maniema, le Nord-Kivu et le Sankuru.
Ces chiffres sont des cas suspects, au sens de la surveillance intégrée : fièvre, éruption cutanée et l’un des trois signes associés, toux, écoulement nasal ou conjonctivite. La confirmation, elle, passe par l’Institut national de recherche biomédicale. Sur les 114 004 cas notifiés, 5 446 ont été investigués, soit 4,9 %. L’INRB a confirmé 1 289 cas par sérologie IgM sur l’ensemble du pays. Vingt-quatre pour le Sud-Kivu. Cent trente-sept pour le Nord-Kivu.
L’écart n’est pas seulement une affaire de kits. Le bulletin mesure aussi le temps que met un échantillon à rejoindre le laboratoire, et il l’écrit sans détour : « Près de 52,1 % des échantillons mettent plus d’une semaine (8 jours et plus) à arriver au laboratoire. » Pour la province la plus touchée du pays, la phrase suivante est plus nette encore : « Sud Kivu : Aucun cas n’arrive avant 7 jours. La totalité des 57 cas met plus de 8 jours à arriver. » Au Nord-Kivu, 181 échantillons sur 367 mettent plus de quatorze jours.
Le profil des cas confirmés dit qui paie. Sur les 1 289 confirmations IgM, 81 % concernent des enfants de moins de cinq ans, et le statut vaccinal se répartit ainsi : 34 % vaccinés, 48 % non vaccinés, 18 % inconnu.
Les Kivus dans le troisième bloc, et des kits arrivés après le lancement
La RDC introduit depuis fin 2025 le vaccin combiné rougeole-rubéole, par blocs de provinces. Le bloc 1, du 27 novembre au 1er décembre 2025, a couvert sept provinces : Haut-Katanga, Haut-Lomami, Tanganyika, Lualaba, Ituri, Bas-Uélé, Haut-Uélé, pour 15 450 504 enfants ciblés. Le bloc 2, du 21 au 25 avril 2026, en a couvert onze, pour 22 303 421 enfants. Le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, provinces les plus touchées du pays, figurent dans le bloc 3, lancé le 10 août, plus de huit mois après les premières.
Le bloc 3 vise 24 791 774 enfants de 6 mois à 14 ans dans huit provinces. La vaccination a démarré le 11 août dans treize antennes du Programme élargi de vaccination, au Kasaï, au Kasaï-Oriental, au Lomami, au Sankuru, au Maniema et au Sud-Kivu. Quatre antennes ont été reportées au 17 août : Goma et Butembo « du fait des retards de deploiement des Kits MAPI et PCI au Nord Kivu », Kananga et Luiza pour des retards de validation de contrats et de microplan au Kasaï central. Sur 12 888 kits de surveillance des manifestations post-vaccinales réceptionnés à Kinkole, quinze antennes sur dix-sept avaient été servies. Les deux manquantes étaient Goma et Bukavu, dont les kits n’étaient attendus qu’à partir du 12 août.
L’argent suit un circuit particulier dans l’Est. Pour les provinces du bloc 3 hors zone humanitaire, les fonds passent par la Cellule d’appui à la gestion financière et l’UNICEF. Pour le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, le bulletin indique une « mise à disposition des fonds de la campagne dans les provinces du Nord Kivu et Sud Kivu à travers l’ONG REMED », modalité courante des opérations en zone de conflit. Au 10 août, le solde disponible s’établissait à 3 008 000 dollars pour la campagne et 1 000 000 de dollars pour la vaccination de routine.
Le même document liste, parmi les défis, une « Insuffisance des fonds pour la riposte aux flambées de rougeole dans les zones en épidémie : mobilisation des ressources locales en cours ». Il consigne aussi qu’il a fallu décider que la campagne aurait lieu : une réunion stratégique a réuni l’Institut national de santé publique, la coordination de la riposte Ebola, le Programme élargi de vaccination et les partenaires, et a « décidé de maintenir la campagne RR polio dans les 2 provinces (Nord Kivu et Sud Kivu) ». Au même moment, le rapport quotidien du Centre d’opérations d’urgence de santé publique arrêté au 15 août faisait état de 4 945 cas confirmés d’Ebola et 2 325 décès.
Deux ripostes, 55 % et 128 % : le dénominateur ne tient plus
Les opérations de riposte menées en 2026 dans les deux provinces racontent la même défaillance par deux bouts opposés. À Oicha, au Nord-Kivu, en mars, la riposte appuyée par l’UNICEF ciblait 53 201 enfants et en a vacciné 29 458, soit 55 %. Au Sud-Kivu, du 10 au 14 juin, sept zones de santé, Kamituga, Kitutu, Nyangezi, Ibanda, Bunyakiri, Nyantende et Kadutu, ciblaient 100 827 enfants et en ont vacciné 129 138, soit 128 %.
Un taux de 128 % ne mesure pas une performance, il signale que le dénominateur démographique est faux, ou que des enfants sont venus d’ailleurs, ou les deux. Les couvertures de routine se lisent avec la même réserve : au terme du premier semestre, le ministère affiche une couverture administrative de 97 % pour la première dose antirougeoleuse au Nord-Kivu, province en guerre où onze zones de santé sont déclarées en épidémie, et de 76 % au Sud-Kivu, en recul par rapport aux 79 % de 2025 et aux 101 % de 2024. Le seuil d’immunité collective admis pour la rougeole se situe à 95 % avec deux doses.
Sur le terrain, les ripostes non gouvernementales prennent une part du travail. Médecins sans frontières indique avoir mené six ripostes contre la rougeole dans les deux Kivus, traité plus de 12 050 patients et vacciné plus de 283 150 enfants. L’organisation faisait déjà le même constat en janvier, par la voix du docteur Jean Gilbert Ndong, son coordinateur médical en RDC : « Les déplacements de population causés par les combats en cours créent un terrain propice à la poursuite de la transmission et à la propagation rapide de la maladie entre les régions. »
L’INSP annonce un recul, de plus de 3 000 à environ 2 400 notifications
Le 11 août, l’Agence congolaise de presse rendait compte d’une lecture plus favorable de l’Institut national de santé publique. « S’agissant de la rougeole, les données présentées montrent une évolution encourageante », écrit l’institut, qui situe la notification en recul, de plus de 3 000 à environ 2 400 cas, et y voit « une tendance générale à la baisse ». Le bulletin de la surveillance épidémiologique montre en effet une décrue sur quatre semaines, de 3 362 à 2 453 cas hebdomadaires, et une baisse du Sud-Kivu de 1 825 à 1 301.
Cette décrue porte sur des notifications, dans une province qui prélève 66 échantillons pour 34 913 cas. Le zoom sur le Sud-Kivu, des semaines 28 à 31, donne 6 560 cas suspects et 107 décès. La zone de santé de Shabunda Centre en concentre 1 231 et 60, soit une létalité apparente de 4,9 % sur ces quatre semaines, contre 1,8 % au niveau national sur la même période.
La rougeole reste, en volume, la première épidémie du pays : 114 004 cas suspects au 9 août, plus de 35 464 cas suspects de choléra au 19 juillet selon Médecins sans frontières, et 4 945 cas confirmés d’Ebola au 15 août. Sa létalité apparente, 1,3 %, se calcule sur des cas suspects, quand les 47 % d’Ebola portent sur des cas confirmés : les deux taux ne se comparent pas. Elle est aussi la dernière servie par la campagne d’introduction. Le ministère écrit lui-même depuis quand elle dure : « C’est depuis le mois d’août 2010 que la RDC connait une résurgence des épidémies de rougeole dans presque toutes les provinces du pays, toutes les années. »
Le prochain bulletin hebdomadaire dira si la campagne annoncée pour le 17 août à Goma et Butembo a fait bouger la ligne du Nord-Kivu, et si le Sud-Kivu a dépassé le cap des 66 prélèvements.
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