Rubaya : 21 heures sous terre, le coût humain de la mine qui finance la guerre
À Rubaya, première mine de coltan de la RDC tenue par l'AFC/M23, les creuseurs paient en vies : éboulements meurtriers, coercition, travail des enfants. Le coût humain d'un minerai de guerre.
Rubaya : 21 heures sous terre, le coût humain de la mine qui finance la guerre
AFP
Fin janvier 2026, sur le site de Luwowo, à Rubaya, un pan de colline a cédé après la pluie. Grace Barata, creuseuse de 35 ans qui descend dans les puits depuis 2012, est restée ensevelie vingt et une heures avant d’être dégagée vivante. Elle a raconté l’enfermement dans des termes crus. « Nous étions nombreux dans le même puits, que je décrirais comme une tombe », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter, « je suis revenue d’entre les morts ». Beaucoup de ses compagnons, eux, ne sont pas remontés.
Rubaya n’est pas une mine ordinaire. Située dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu, elle fournit à elle seule environ 15 % du coltan mondial, dont on tire le tantale des condensateurs électroniques. Depuis avril 2024, le site est tenu par la coalition AFC/M23, qui y a installé une administration parallèle. Sous terre, la mécanique n’a pas changé, des puits creusés jusqu’à quinze mètres, soutenus par de simples morceaux de bois, et des journées de douze heures commencées avant l’aube.
Le coût se compte d’abord en morts. L’organisation Global Witness recense au moins quatre éboulements meurtriers en dix-huit mois. Celui de fin janvier a fait, selon les sources, d’au moins 200 victimes, chiffre avancé par les autorités mises en place par l’AFC/M23, à plus de 300 morts et une centaine de disparus selon la société civile locale, des corps emportés par les rivières. Un mois plus tard, début mars, un nouvel accident sur le site de Kasasa a tué plus de cent personnes, dont des enfants.
Le coût se compte aussi en coercition. La rébellion prélève une taxe sur le coltan acheté aux creuseurs, et les négociants versent en tout de l’ordre de sept dollars par kilo, une part à l’AFC/M23, une autre côté rwandais. « Des creuseurs ont dit à Global Witness qu’ils sont battus s’ils désobéissent aux ordres du M23 », rapporte l’organisation. Les revenus tirés du site par la rébellion sont estimés à environ 800 000 dollars par mois depuis mai 2024.
Le coût, enfin, se lit sur les visages les plus jeunes. Des journalistes de Reuters ont vu des enfants au travail dans les puits, et l’UNICEF estime à quelque 40 000 le nombre de mineurs employés dans les mines de RDC. Aucun casque, aucun équipement, aucune étude de sécurité ne protège ces creuseurs, qui pour une journée entière gagnent quelques dollars. Interrogés, ils disent tous la même contrainte, celle de la survie.
L’AFC/M23 conteste ce tableau. Le mouvement présente sa gestion comme une amélioration, salaires relevés et vente du minerai facilitée. Les bilans, en zone occupée, restent difficiles à vérifier de manière indépendante, et chaque chiffre doit être rapporté à sa source. Mais la concordance des témoignages, d’organisations de défense des droits humains et de reportages internationaux dessine une réalité constante, celle d’un site où l’on meurt pour un minerai qui finance la guerre.
Pour Kinshasa, Rubaya résume l’agression dans sa chair. La même mine qui alimente la rébellion et l’exportation vers le Rwanda est celle qui ensevelit les creuseurs congolais. Rendre à l’État le contrôle de la colline ne suffirait pas à ramener les disparus, mais ce sont bien des vies, autant que des tonnes de coltan, que l’occupation engloutit chaque mois.
À lire aussi

Bouclage, fouille, conscription : l’AFC/M23 industrialise le recrutement forcé dans les Kivu
Stade de l’Unité : 180 hommes hutus séparés, emmenés, disparus