Opinion Union sacrée, l’inquiétant déjà-vu du culte des Hommes
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Union sacrée, l’inquiétant déjà-vu du culte des Hommes

Union sacrée, ou le déjà-vu d’un pays condamné à répéter ses fautes. De Mobutu à Kabila, et désormais sous Tshisekedi, la mécanique demeure identique : un parti comme simple prolongement du Prince, et non comme matrice d’idées. Six décennies après, le Congo attend toujours son grand parti, et sa véritable culture démocratique.

Union sacrée, l’inquiétant déjà-vu du culte des Hommes
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 1 SEPTEMBRE 2025 - 17:40 WAT · 5 min de lecture
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Ce qui fit irrémédiablement défaut à notre destinée collective, ce fut l’enfantement d’un parti-matrice, d’une vaste armature politique à la fois tentaculaire et transcendante, capable d’embrasser la Nation tout entière comme une nef englobe ses fidèles. Dans d’autres latitudes, les peuples eurent l’instinct ou la fortune de forger de telles cathédrales institutionnelles : le Chama Cha Mapinduzi en Tanzanie, l’UNIP de Kaunda en Zambie, le ZANU-PF au Zimbabwe, ou, plus au sud, l’ANC sud-africain, ce colosse séculaire qui, après avoir terrassé l’hydre de l’apartheid, devint le pilier de l’État nouveau. L’Angola et le Mozambique n’ont pas manqué de pareils leviathans politiques. Et, sous d’autres cieux, les États-Unis démontrent avec éclat que deux formations seulement — Démocrates et Républicains — suffisent à structurer durablement l’imaginaire politique, à engendrer une véritable culture démocratique par la confrontation permanente des idées.

Le Maréchal Mobutu, César d’ébène et pharaon léopardé, avait entrevu cette nécessité. Avec Tshisekedi et ses acolytes, il rêva le MPR comme une sorte de séminaire civique, un concile séculier où se concocteraient doctrines et programmes. Mais, hélas, l’édifice ne se cimenta point autour d’idéaux, mais autour de la seule persona du Président-Fondateur. Là où l’ANC en Afrique du Sud devint l’incarnation du combat collectif, là où le Parti communiste chinois s’incrusta comme une institution pérenne, où Russie Unie se déguisa du moins en colonne d’État, le MPR dégénéra en cénacle courtisan, en autel du culte personnel. La machine, conçue pour structurer le pays, se changea en mécanique flagorneuse, sujette aux grincements et aux paralysies.

Félix Tshisekedi peut faire mieux

Joseph Kabila, en 2006, tenta à son tour l’expérience, de retour des brumes angolaises. Flanqué de Gizenga et d’autres hiérophantes vénérables, il échafauda le FCC. Mais là encore, le péché originel rongea l’édifice : la plate-forme se transmua en simple prolongement du Prince. Dans un pays saturé de griots stipendiés, il suffit d’un chef pour que s’épanouisse une végétation luxuriante de flatteurs, se disputant l’aumône du pouvoir en échange de leur servilité chantante.

Les images récentes du Congrès de l’Union sacrée réitèrent ce funeste scénario. Nulle dialectique, nulle fécondité d’idées : seulement une chorale de prosternations, une dramaturgie de dévotion, un théâtre d’obséquiosité. Comme hier au MPR, comme au CPP, à l’AMP, à la MP, au FCC et à son grotesque rejeton FCC-CACH, la scène politique congolaise ressasse les mêmes palinodies, avec les mêmes masques usés et les mêmes incantations stériles.

Et le vice n’est point circonscrit au sommet. Ensemble pour la République, le PPRD, ou les reliquats du FCC se livrent au même travestissement : partis confondus avec leurs démiurges, structures réduites à l’ombre portée d’un seul visage. Pourtant, ce Congo exsangue requiert un grand parti à la manière de l’ANC, un organisme tentaculaire et durable, ou du moins un bipartisme solide comme aux États-Unis, où la friction des idéaux engendre stabilité et créativité démocratique.

Mais ici réside la tragédie contemporaine : le rôle du Président Félix Tshisekedi lui-même. Porté, bercé, auréolé par l’héritage d’un Sphinx immortel, Étienne Tshisekedi, incarnation vivante du peuple debout, le voir aujourd’hui se laisser happer par ce mal ancien — ce mal qui nous ronge depuis l’aube de l’indépendance — est une désolation infinie. Six années se sont déjà écoulées, et le sablier s’amenuise, la nuit approche. Il n’est pas trop tard, certes, mais déjà il commence à faire tard. Que le fils du Sphinx se souvienne que sa devise fut « Le Peuple d’abord » ; qu’il se ressaisisse, qu’il rompe le cercle vicieux de la personnalisation, et qu’il consente enfin à fonder une véritable liturgie des Idées. Car sinon, l’histoire l’inscrira non comme héritier d’un combat titanesque, mais comme l’ultime fossoyeur d’un rêve de Nation.

Mais tant que l’âme politique congolaise persistera à idolâtrer la silhouette du Prince, tant qu’elle substituera l’hymne flatteur à la dialectique féconde, elle demeurera prisonnière d’un cercle vicieux, d’une orbe d’éternels recommencements. Le salut ne pourra éclore que par une métanoïa politique : l’arrachement au fétichisme des personnes, la conversion fervente à la souveraineté des Idées, seules aptes à transfigurer la multitude en Nation véritable.

Litsani Choukran,
Le Fondé.

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