En RDC, la bataille des Églises autour constitution aura bien lieu !
Décryptage. Du Parlement aux chaires : la révision de la Constitution divise les Églises congolaises. CENCO et ECC réservées d’un côté, Ejiba Yamapia, kimbanguistes et alliés du pouvoir de l’autre.
En RDC, la bataille des Églises autour constitution aura bien lieu !
AFP
Le débat sur la Constitution a quitté l’hémicycle pour gagner les chaires. En RD Congo, la bataille autour du changement de la loi fondamentale se livre désormais autant à l’autel qu’à l’Assemblée nationale, et elle fracture un champ religieux qui pèse lourd, dans les consciences comme dans les urnes.
Le poids n’a rien d’anodin. Le pays compte environ 34 % de catholiques, 22 % de protestants et près de 19 % de fidèles des Églises de réveil, ces dernières en recul. À quoi s’ajoutent les kimbanguistes, les orthodoxes, la communauté musulmane et une myriade de ministères indépendants. Mobiliser ce monde, ou le neutraliser, est un enjeu politique de premier ordre.
D’un côté, les deux Églises historiques. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO, catholiques) et l’Église du Christ au Congo (ECC, protestants) marchent souvent du même pas, et leurs réserves rejoignent les inquiétudes de l’opposition. Toutes deux portent un même « Pacte social pour la paix » et réclament le dialogue. La CENCO a dit non au changement, au terme d’une opposition que son histoire rendait prévisible. L’ECC, elle, a pris le temps d’auditionner les camps, André Mbata et Augustin Kabuya pour le changement, Martin Fayulu pour l’opposition, avant de demander, le 7 juin, que toute réforme réponde « à l’exigence d’un cadre national inclusif et apaisé » (déclaration relayée par Mediacongo).
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En face, le pouvoir avance avec d’autres alliés spirituels. L’Église de réveil du Congo de l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia s’est faite le porte-voix du changement. « On vous trompe », lançait l’évêque Pascal Mukuna en appelant à marcher le 5 juin, niant que la nouvelle Constitution vise un mandat de plus (via Actualité.cd). La proximité est si affichée que la presse a parlé d’une « union sacrée au culte » entre Ejiba Yamapia et Félix Tshisekedi.
Mais ce camp n’a rien d’un bloc. L’Église de réveil est elle-même divisée, des pasteurs refusant de mêler la chaire à la politique. Le pouvoir a tout de même élargi son arc : dans le Haut-Katanga, des responsables religieux, parmi lesquels des représentants kimbanguistes, de l’Armée du Salut, des orthodoxes et de la communauté musulmane, se sont déclarés favorables à la révision et ont offert d’y contribuer (selon Radio Okapi). Un soutien qui ratisse large, mais reste éclaté.
La conquête des chaires a parfois viré à la pression. À Lubumbashi, un communiqué de la mairie a enjoint fin mai aux églises de prêcher le changement sous peine de fermeture, avant que l’hôtel de ville ne démente avoir jamais donné pareille consigne. Vrai ou démenti, l’épisode dit la tentation d’enrôler le religieux dans la campagne.
L’affrontement est déséquilibré. D’un côté, deux Églises anciennes et structurées, créditées d’une autorité morale forgée dans les grandes transitions, de la Conférence nationale souveraine de 1991 à l’accord de la Saint-Sylvestre de 2016. De l’autre, une nébuleuse favorable au pouvoir, nombreuse mais fragmentée, à la mobilisation incertaine, comme l’a montré la marche clairsemée du 5 juin. Pour Kinshasa, l’enjeu est moins le nombre que le symbole : opposer une parole de Dieu à une autre, et fissurer le monopole moral des grandes Églises.
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Au bout du compte, la bataille des Églises n’a rien d’un théâtre d’ombres. Dans un pays où le banc d’église rassemble, chaque dimanche, bien plus de monde que les meetings, savoir quelle voix religieuse parlera du haut de l’autel pourrait peser, demain, autant que les 348 voix qui ont adopté la loi référendaire au Parlement.
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