Croissance à 5,5 %, inflation à 2,5 % : ce que le FMI a écrit sur l’économie congolaise
La mission du FMI de mai 2026 décrit une croissance au-dessus de 5,5 %, une inflation à 2,5 %, 8,8 milliards de réserves, et un plafond de déficit dépassé de 0,6 point de PIB sous le poids du conflit à l'Est.
Croissance à 5,5 %, inflation à 2,5 % : ce que le FMI a écrit sur l’économie congolaise
AFP
Une mission du Fonds monétaire international conduite par Calixte Ahokpossi a séjourné à Kinshasa du 23 avril au 6 mai 2026. Elle en est repartie avec un accord au niveau des services sur la troisième revue de la Facilité élargie de crédit et la deuxième revue de la Facilité pour la résilience et la durabilité, et un communiqué qui décrit une économie tenant debout sous une guerre.
Les chiffres du communiqué
- Plus de 5,5 % de croissance du PIB réel en 2025 et en 2026.
- 2,5 % ou moins d’inflation depuis octobre 2025, pour une cible BCC de 7 %.
- 8,8 milliards de dollars de réserves de change à fin mars 2026.
- 0,6 point de PIB : le dépassement du plafond de déficit intérieur à fin 2025.
- 13,5 % : le taux directeur après deux baisses en janvier et avril 2026.
Les chiffres que la mission avance
La croissance du produit intérieur brut réel dépasse 5,5 % en 2025 comme en 2026. La composition de cette croissance est le point le plus notable. « L’activité économique reste résiliente, avec une croissance du PIB réel dépassant 5½ % aussi bien en 2025 qu’en 2026, portée par un regain de dynamisme dans les secteurs des BTP, des services et de l’agriculture, qui a plus que compensé un léger repli de la croissance du secteur extractif », écrit le chef de mission. Autrement dit, pour la première fois depuis longtemps, ce ne sont pas les mines qui tirent le chiffre.
L’inflation en glissement annuel est restée à 2,5 % ou moins depuis octobre 2025, très en deçà de la cible de 7 % de la Banque centrale du Congo. Les réserves de change ont atteint 8,8 milliards de dollars à fin mars 2026, tout en restant légèrement sous le seuil d’adéquation recommandé de trois mois de couverture des importations.
Face à cette désinflation, la banque centrale a abaissé son taux directeur de 17,5 % à 15 % en janvier 2026, puis à 13,5 % en avril. La mission ne s’en félicite pas : elle « encourage la BCC à rester prudente dans sa conduite de la politique monétaire », en rappelant que le relèvement des prix du carburant à la pompe, conséquence de la guerre au Moyen-Orient, pourrait faire remonter l’inflation.
Ce que la guerre coûte au budget
Le communiqué relie explicitement les finances publiques au conflit : « La persistance du conflit dans la partie Est de la RDC continue de peser sur les finances publiques. » Il cite l’intensification des initiatives diplomatiques et socio-politiques après l’occupation d’Uvira par les rebelles de l’AFC/M23 en décembre 2025.
Le résultat est chiffré. Le plafond de déficit budgétaire intérieur fixé à fin décembre 2025 a été dépassé d’environ 0,6 point de pourcentage du PIB, et cela malgré une bonne collecte des recettes budgétaires. Le dépassement ne vient donc pas d’un défaut de recouvrement mais du côté des dépenses.
La Banque centrale du Congo en donne la mesure dans son rapport sur la politique monétaire en 2025, dont la presse congolaise a publié les chiffres : les dépenses sécuritaires ont atteint 8 599 milliards de francs congolais, soit environ 3,9 milliards de dollars, en hausse de 119,2 % sur un an. La même source relève une chute de 22 % des investissements privés sur l’année.
Le rendez-vous du budget rectificatif
Les mesures correctives réclamées par le FMI, augmentation des recettes intérieures et rationalisation des dépenses non prioritaires, doivent être portées par le projet de loi de finances rectificative 2026. Ce texte doit également intégrer des investissements financés par le produit de l’Eurobond inaugural récemment émis, ainsi que des mesures d’atténuation des effets de la guerre au Moyen-Orient. Il n’a pas été rendu public à ce jour, et le montant du produit de l’Eurobond ne figure pas dans le communiqué.
C’est sur l’emploi de cet argent que la mission place son exigence la plus précise. Elle réclame de « limiter le recours aux procédures en urgence, améliorer la gestion des investissements publics, finaliser le déploiement du compte unique du trésor, et rationaliser et mieux encadrer les fonds spéciaux et les établissements publics ». Chacun de ces quatre points désigne un mécanisme par lequel la dépense publique congolaise échappe habituellement au circuit ordinaire.
La mission relève aussi ce qui a avancé : l’opérationnalisation, depuis février 2026, de la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique, et la déconcentration de l’ordonnancement auprès de quatre ministères pilotes.
Ce que l’argent du Fonds représente déjà
Les accords FEC et FRD ont été approuvés le 15 janvier 2025. La deuxième revue, conclue par le conseil d’administration le 19 décembre 2025, a permis un décaissement de 260 millions de dollars au titre de la FEC, portant le total à 779,7 millions, et de 182 millions au titre de la FRD.
L’examen de la consultation au titre de l’article IV et des revues par le conseil d’administration était prévu pour juin 2026. La troisième revue reste soumise à l’approbation de la direction générale et du conseil.
Une réserve de méthode
Les chiffres de la Banque centrale du Congo cités ici proviennent de la restitution qu’en a faite la presse congolaise. Le rapport lui-même, référencé sur le site de l’institution, n’a pas pu être consulté : les fichiers PDF publiés par la banque centrale ne renvoient aucun contenu. Une institution qui publie ses rapports sans qu’ils soient lisibles publie moins qu’elle ne le croit.
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