Une seule raison a été donnée publiquement, et ce n'est pas le président qui l'a donnée. C'est le cardinal Fridolin Ambongo, vendredi 17 juillet, à la sortie d'une audience. « Notre pays aujourd'hui souffre d'une agression qui vient essentiellement de l'Est du Rwanda », a-t-il dit. « Mais comment pouvons-nous faire face à une telle agression si nous sommes divisés entre nous, les fils et filles du Congo ? » L'unité d'abord, parce que la guerre l'exige. C'est l'explication de la décision telle qu'elle a été présentée aux Congolais, et à ce stade il n'en existe pas d'autre : Félix Tshisekedi n'a pas parlé lui-même.
Le dialogue annoncé le 17 juillet n'a ni date, ni lieu, ni médiateur, ni ordre du jour. Le motif qu'en a donné le cardinal Fridolin Ambongo est l'agression « qui vient essentiellement de l'Est du Rwanda » et l'unité qu'elle impose. Le cadre juridique, lui, est écrit depuis 2006. Il détermine à lui seul l'essentiel de ce qui peut sortir de la table, quels que soient ceux qui s'y assiéront.
Le 7 août 1991, au Palais du peuple, des Congolais s'asseyaient pour refonder leur pays. Le 17 juillet 2026, un cardinal sortait d'une audience pour annoncer que le chef de l'État avait « levé l'option » d'un dialogue entre fils et filles du Congo. Trente-cinq ans séparent les deux dates. Entre elles, le pays s'est assis cinq fois. Cinq fois, il s'est relevé avec un organigramme. Et cinq fois, la question qui l'avait fait s'asseoir est restée sur la table.
La CENCO et l'Église du Christ au Congo ont consulté, le samedi 18 juillet à l'archevêché de Kinshasa, les responsables de la Coalition Article 64 « afin d'obtenir le principe du report » de la marche du 22 juillet, dans le contexte de l'annonce du dialogue par le chef de l'État.
Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, a prononcé cette phrase devant une caméra de la Présidence, le vendredi 17 juillet, à la sortie d'une audience avec le chef de l'État. Trois autres responsables de confessions religieuses se tenaient à ses côtés. Aucun d'eux n'a parlé. En dix-huit jours, la ligne que Félix Tshisekedi tenait publiquement depuis son adresse à la Nation du 29 juin a bougé.
L'opposition l'exige, les évêques l'appellent, le chef de l'État le propose. Mais le mot « dialogue » ne figure nulle part dans la Constitution. Ce que disent l'article 218, l'article 220 et le précédent de 2016.
Lors d'une messe à Bokungu, dans la Tshuapa, l'archevêque de Kinshasa a appelé les fidèles catholiques à se méfier des politiciens, opposant l'intérêt du peuple aux « intérêts personnels » des acteurs politiques.
À Harare, on vient d'allonger le mandat du président de deux ans par une réforme votée. À Kinshasa, le débat sur un changement de Constitution inquiète l'opposition et l'Église. Le cas zimbabwéen n'est pas un calque, mais un révélateur.
La chaire, la rue et les partis convergent contre le projet de changement de la Constitution. Mais ce front commun reste fragile, une opposition qui peine à s'unir, une Église elle-même traversée de dissidences.
L'engagement politique de la conférence des évêques catholiques nourrit un débat. Le pouvoir l'accuse de subversion, l'Église parle de devoir moral, et des voix internes s'interrogent sur la frontière entre parole prophétique et militantisme. La division traverse l'Église elle-même.