Est de la RDC : comment les ADF se refinancent sur le dos des civils
Taxes imposées aux villageois, rançons tarifées, sites miniers pillés. Sous la pression militaire, les ADF ont basculé vers un autofinancement prédateur qui nourrit la guerre à même les populations qu'elles terrorisent.
Un camion de marque Fuso incendié par les ADF
AFP
Début juillet 2026, une attaque attribuée aux ADF frappe un site minier du territoire de Mambasa, en Ituri, faisant plusieurs victimes. La scène est devenue banale dans une région où ce groupe armé, présenté par l’ONU comme affilié à l’État islamique sous l’étiquette ISCAP, étend sa violence de l’Ituri et du Nord-Kivu jusqu’aux abords de la Tshopo. Derrière chaque attaque se joue aussi une logique économique.
Car les ADF ont changé de modèle de financement. Sous la pression des opérations conjointes des armées congolaise et ougandaise, et sur fond d’un affaiblissement supposé de leurs flux venus du réseau de l’État islamique, elles se sont tournées vers un autofinancement local. La prudence s’impose sur ce dernier point : des analystes relèvent que le tempo opérationnel du groupe ne trahit aucun manque d’argent, si bien que la baisse des transferts extérieurs reste une hypothèse, pas un fait chiffré. Ce qui est documenté, en revanche, c’est la prédation locale.
Première ressource, la taxation des habitants. « Les ADF continuent de renforcer leur présence dans plusieurs villages. Ils exigent désormais de l’argent aux habitants et imposent des frais aux agriculteurs pour accéder à leurs propres champs », rapportait le notable Ibrahim Mugeni à Actualité.cd le 11 mai 2026, à propos de zones du territoire de Mambasa passées sous coupe réglée. Selon les remontées de terrain, les montants réclamés atteignent 30 000 francs congolais par adulte et de 25 à 50 dollars pour accéder à une parcelle.
Deuxième ressource, l’enlèvement contre rançon, désormais tarifé. « Pour les otages toujours en captivité, les ravisseurs exigent des rançons dont les montants varient : de 2 500 dollars américains pour les personnes en possession d’un jeton de taxe […], et jusqu’à 10 000 dollars américains pour celles n’en disposant pas », documentait le groupe de recherche Ebuteli le 20 avril 2026. Le phénomène a atteint des niveaux records : au moins 544 enlèvements recensés en mars 2026, dont plus de 400 attribués aux ADF, avec des épisodes d’une brutalité extrême, comme cet axe où près de 390 personnes ont été enlevées et une vingtaine décapitées fin mars, toujours selon les organisations de suivi.
Troisième ressource, l’or et le pillage. Les sites miniers artisanaux, nombreux dans la zone, sont attaqués, rançonnés ou incendiés. Un point de vigilance s’impose ici : les circuits aurifères pointés par le Groupe d’experts de l’ONU dans son rapport de 2025 concernent d’autres acteurs de l’Ituri, pas les ADF, et il ne faut pas confondre les deux. Ce qui est attribué aux ADF, ce sont ces coups de main contre des exploitations et des routes, qui transforment l’économie locale en butin.
Face à cette machine, la société civile réclame une riposte à la hauteur. « Nous appelons vraiment les autorités militaires à poursuivre l’ennemi qui circule en électron libre », lançait l’activiste Trésor Kapepela sur Radio Okapi le 2 juillet 2026, après une nouvelle attaque. Le sentiment d’abandon domine dans des localités où l’État peine à sécuriser à la fois les personnes et les circuits économiques qui financent leurs bourreaux.
C’est tout le paradoxe que révèle ce basculement. Un groupe peut-être coupé de ses bailleurs lointains ne s’affaiblit pas mécaniquement : il se nourrit désormais de la population qu’il frappe, taxe les vivants, monnaie les captifs, pille les mines. Une guerre qui s’autofinance ainsi devient plus difficile à assécher, parce que couper ses ressources reviendrait à protéger, un à un, chaque village, chaque champ et chaque carré minier. La menace ADF n’est plus seulement un problème de sécurité. Elle est devenue une économie de la terreur.
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