À Goma et Bukavu, l’AFC/M23 continue de bâtir une administration parallèle
Maires, recteur d'université, circuits fiscaux : dans les villes qu'il contrôle, l'AFC/M23 installe ses propres autorités et lève l'impôt. Kinshasa dénonce des nominations sans base légale, et le gouverneur du Sud-Kivu chiffre à des millions de dollars les recettes captées, transférées selon lui vers le Rwanda.
À Goma et Bukavu, l’AFC/M23 continue de bâtir une administration parallèle
AFP
GOMA. Depuis la prise de Goma puis de Bukavu, début 2025, l’AFC/M23 ne se contente plus de tenir le terrain. Le mouvement de Corneille Nangaa administre. Peu avant, il avait révoqué le recteur de l’Université de Goma pour installer son propre comité de gestion. Début juin, il a désigné de nouvelles autorités dans le Sud-Kivu. Dans les zones qu’il occupe, il nomme, destitue et taxe.
Kinshasa refuse d’entériner. Dans un communiqué publié le 4 juin, le ministère de l’Enseignement supérieur a rejeté les nominations à l’Université de Goma, estimant qu’elles ne disposent d’aucune base légale et ne seront pas reconnues. Le ministère a prévenu qu’il ne validerait aucun acte posé hors du cadre légal et a redit sa volonté de rétablir l’autorité de l’État dans les territoires concernés.
L’enjeu n’est pas que symbolique, il est fiscal. Lors d’un briefing à Kinshasa, le 2 avril, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a décrit une province exsangue. « Par rapport au déficit budgétaire, il faut dire qu’en perdant Bukavu, Walungu, une partie de Kalehe, mais aussi Kabare, nous avons perdu environ 84 % des recettes provinciales », a-t-il déclaré. Le budget de la province était fixé à 5,5 millions de dollars.
Le gouverneur a dressé le tableau d’une économie effondrée. « Il faut savoir que toutes les structures ont été pillées, toutes les infrastructures ont été détruites, les banques ont été vandalisées, toute l’économie est à genoux », a-t-il souligné.
L’occupant, lui, prospère. « L’AFC/M23, appuyée par le Rwanda, a récolté des taxes. Ils ont mis en exécution notre plan de développement que nous avions déjà monté et structuré, et ils ont généré jusqu’à 17 millions de dollars par mois, selon nos enquêtes. Et tout cet argent, il n’y a pas un sou qui est resté, tout a été transféré vers le Rwanda », a affirmé Jean-Jacques Purusi.
Le constat dépasse Kinshasa. En décembre, l’Union africaine avait déjà rejeté l’administration parallèle de l’AFC/M23. Devant le Conseil de sécurité, le 26 juin, le chef de la MONUSCO James Swan a relevé que le mouvement poursuit la mise en place de structures administratives parallèles dans les territoires qu’il contrôle.
Un an et demi après la chute de Goma, la ligne de front n’est plus seulement militaire. Elle passe désormais par les mairies, les universités et les guichets de l’impôt.
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