Politique Affaire Bukanga-Lonzo : la condamnation de Matata Ponyo ravive les tensions autour de la justice congolaise
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Affaire Bukanga-Lonzo : la condamnation de Matata Ponyo ravive les tensions autour de la justice congolaise

Augustin Matata Ponyo, député national et ancien Premier ministre de la RDC. Photo-archives. © droits tiers
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 21 MAI 2025 - 14:43 WAT · 3 min de lecture

En République démocratique du Congo, la condamnation de l’ancien Premier ministre et député national Augustin Matata Ponyo Mapon continue de susciter une vague de réactions contrastées. Moins de 24 heures après le verdict rendu par la Cour constitutionnelle dans le dossier emblématique du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, le débat enfle entre partisans d’une justice équitable et dénonciateurs d’un procès à visée politique.

Du côté de la défense, le ton est ferme. Laurent Onyemba, avocat de Matata Ponyo, rejette catégoriquement le jugement, qualifié de « déconnecté de la vérité » et d’« attentatoire à l’espoir de bâtir un véritable État de droit ». Il évoque une « fabrication des chiffres et des faits » et accuse la Cour d’avoir cédé à des pressions politiques.

Absent lors de l’audience finale, Matata Ponyo a été condamné le mardi 20 mai 2025 à dix ans de travaux forcés – équivalant à dix années de prison ferme – pour détournement de fonds publics et surfacturation dans l’exécution du projet de Bukanga-Lonzo, dans les provinces du Kwango et du Kwilu. Ses coaccusés, Déogratias Mutombo (ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo) et Christo Grobler Stephanus (homme d’affaires sud-africain), ont chacun écopé de cinq ans de prison. La Cour a également ordonné la confiscation de leurs biens, en proportion des montants détournés, évalués à 245 millions de dollars américains – dont 156 imputés à Matata Ponyo et 89 à Mutombo.

Mais au-delà du verdict, c’est la perception d’une justice sélective qui alimente les critiques. Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine des droits de l’homme (ASADHO), souligne que « cette condamnation aurait eu davantage d’impact si elle avait concerné tous les mandataires impliqués dans des projets similaires ayant échoué ». Il dénonce une « justice à deux vitesses » où certains hauts responsables demeurent intouchables.

« D’autres projets, tout aussi scandaleux, se sont soldés par des échecs retentissants, mais leurs auteurs ont été acquittés de façon troublante », regrette-t-il, appelant à une poursuite judiciaire impartiale, sans égard aux affiliations politiques ou aux réseaux d’influence. « C’est à ce prix que les Congolais croiront à un réel réveil judiciaire. »

À l’inverse, certains y voient une avancée historique dans la lutte contre l’impunité. Le député Steve Mbikayi, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, salue la décision comme « un tournant » sous le mandat de Félix Tshisekedi. « L’histoire retiendra qu’à l’ère de Fatshi, le vent s’est levé contre l’impunité. Des géants d’hier, dont un ancien Premier ministre, ont été condamnés à la prison et dépouillés de leurs biens pour restituer au peuple ce qui lui avait été volé », écrit-il dans une tribune diffusée sur X (anciennement Twitter).

Alors que le camp Matata envisage déjà des recours, cette affaire relance une fois de plus le débat récurrent sur l’indépendance de la justice congolaise, à la veille d’une législature pleine d’enjeux politiques et économiques.

F. ISSA

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