Santé Ebola en RDC : un mois de riposte, 232 morts et une épidémie rattrapée par la guerre
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Ebola en RDC : un mois de riposte, 232 morts et une épidémie rattrapée par la guerre

Un mois après sa déclaration, l’épidémie d’Ebola (souche Bundibugyo, sans vaccin homologué) a fait 232 morts en RDC. Riposte entravée par la guerre à l’Est, la défiance communautaire et la sous-coordination.

Ebola en RDC : un mois de riposte, 232 morts et une épidémie rattrapée par la guerre
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 JUIN 2026 - 18:43 WAT · 4 min de lecture

Un mois après la déclaration de la 17e épidémie d’Ebola de l’histoire du pays, le bilan grimpe vite. Au 19 juin, le ministère de la Santé recensait 896 cas confirmés, 232 décès et 78 guéris, avec l’Ituri pour épicentre et 31 zones de santé déjà touchées sur 104. Déclarée le 15 mai et érigée trois jours plus tard par l’OMS en « urgence de santé publique de portée internationale », l’épidémie met à nu un système de santé débordé sur un territoire en partie en guerre.

La souche en cause complique tout. Il s’agit du virus Bundibugyo, une espèce rare contre laquelle, contrairement à Ebola Zaïre, « il n’existe actuellement aucun traitement ou vaccin spécifique homologué », a rappelé l’OMS. Le vaccin Ervebo, utilisé lors des précédentes flambées, ne protège pas contre cette souche. La maladie a en outre circulé un mois avant d’être détectée, et la létalité atteignait 23,8 % à la mi-juin. Au moins quatre soignants sont morts en quelques jours à l’hôpital de Mongbwalu, signe de ruptures dans la prévention des infections.

Faute de vaccin, la riposte repose sur la détection précoce, l’isolement, la recherche des contacts et les enterrements sécurisés. Mais le suivi des contacts plafonnait à 21 % en Ituri, freiné par l’insécurité et la mobilité des populations. Les vols commerciaux vers Bunia ont été suspendus, tandis que le gouvernement a écarté tout confinement de la ville. Sur le plan financier, l’OMS et Africa CDC ont lancé début juin un plan de riposte de 518 millions de dollars, dont une partie seulement est financée, pendant que l’aide américaine, recentrée hors du cadre onusien, complique la coordination.

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L’épidémie épouse la ligne de front. Une partie de l’Est, dont Goma, échappant au contrôle de l’État, la riposte y est difficile à déployer. Le ministre de la Santé, Samuel-Roger Kamba, en fait une affaire de souveraineté : « La solution est claire et connue de tous : il faut que le Rwanda quitte notre territoire national. Point final », a-t-il déclaré, jugeant les occupants incapables de gérer la crise. Côté analystes, l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) pointe au contraire « le manque de riposte coordonnée de la part de Kinshasa » et pose la question qui dérange : « Qui pilote la santé publique quand l’État n’a plus le monopole territorial ? »

Sur le terrain, la défiance reste le premier obstacle. Des populations nient l’existence de la maladie ou la disent « créée » par le système sanitaire, l’automédication progresse, et des centres de soins ont été attaqués. Le 17 juin, à Katwa, dans le Nord-Kivu, une fillette de six ans testée positive et sa mère ont été enlevées par des hommes armés opposés à leur transfert vers un centre de traitement, illustration brutale de la rupture de confiance.

La crise sanitaire nourrit aussi la critique politique. L’opposant Martin Fayulu a rangé l’épidémie au rang des urgences négligées : « Le patriotisme, c’est protéger le territoire, garantir la sécurité, renforcer les institutions, lutter contre Ebola et améliorer la vie des Congolais. Le reste n’est que diversion. »

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Tout n’est pas joué, veulent croire les soignants. « C’est une épidémie sérieuse, mais ce n’est pas une épidémie désespérée », assure la docteure Marie Roselyne Bélizaire, de l’OMS Afrique, qui rappelle qu’une prise en charge immédiate porte les chances de survie « presque à 95 % ». Sans vaccin, c’est désormais la rapidité de la détection, dans un territoire fracturé par la guerre et la peur, qui décidera de l’ampleur du désastre.

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B
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