Paix dans l’Est : l’accord de Washington s’enlise!
Un an après Washington et Doha, le processus RDC-AFC/M23 patine : deux protocoles signés sur huit, l’autorité de l’État toujours bloquée à Goma, et le M23 qui menace de récuser la médiation.
La RDC et le Rwanda ont signé jeudi l’accord de paix sous l’égide de Washington | ©️ Présidence RDC via X
AFP
À Goma, le 18 juin, l’AFC/M23 a haussé le ton. Devant la presse, son coordonnateur adjoint Bertrand Bisimwa a lâché une phrase qui en dit long sur l’état du processus de paix : « La médiation devient aphone, tout simplement. » Le mouvement, qui menace désormais de « récuser la médiation », dénonce des sanctions « à sens unique » et accuse Kinshasa de ne pas tenir ses engagements (propos rapportés par Actualité.cd). Un an après les grandes signatures, la paix promise patine.
Sur le papier, l’architecture est pourtant impressionnante. Un accord RDC-Rwanda signé à Washington le 27 juin 2025, une déclaration de principes à Doha le 19 juillet, puis un accord-cadre le 15 novembre structuré autour de huit protocoles censés bâtir une paix globale. Le problème tient en un chiffre : à la mi-juin 2026, deux protocoles seulement ont été signés, celui sur la libération des prisonniers et celui sur la surveillance du cessez-le-feu. Les six autres, les plus lourds, restent ouverts.
Or ce sont précisément ces protocoles-là qui touchent au cœur du conflit : restauration de l’autorité de l’État, désarmement et réintégration des combattants, retour des déplacés, justice et réconciliation. Le dernier round formel remonte à avril, délocalisé de Doha à Montreux, en Suisse, où les parties s’étaient engagées à « accélérer ». Depuis, aucun nouveau cycle n’a été confirmé. La diplomatie tourne, mais à vide.
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Le nœud est connu : l’autorité de l’État. Goma et Bukavu, capitales du Nord et du Sud-Kivu, demeurent sous contrôle de l’AFC/M23, qui y a installé, selon le groupe d’experts de l’ONU, une administration parallèle, avec ses services et sa fiscalité. Tant que ce protocole n’est pas négocié, le reste reste théorique. À quoi s’ajoutent deux exigences croisées que personne ne veut lever en premier : le retrait des forces rwandaises, réclamé par la résolution 2773 du Conseil de sécurité, et la neutralisation des FDLR, exigée par Kigali.
Washington, lui, manie la carotte et le bâton. L’émissaire américain pour l’Afrique, Massad Boulos, a menacé le 5 juin de nouvelles sanctions contre tout « perturbateur » du processus, après celles déjà prises fin avril contre l’ancien président Joseph Kabila, accusé de soutenir la rébellion. Les États-Unis pressent aussi bien les troupes rwandaises d’« achever rapidement leur retrait » que Kinshasa de neutraliser les rebelles hutus. Mais l’AFC/M23 retourne l’argument : il a évacué Uvira et la plaine de la Ruzizi en mai, dit-il, sans que la médiation ne sanctionne jamais l’autre camp. Kinshasa, de son côté, attribue ces retraits à la pression de son armée et des Wazalendo, pas à la bonne volonté rebelle.
Pendant ce ballet diplomatique, le coût humain ne décroît pas. La RDC compte environ 5,6 millions de déplacés internes, dont près de 2,4 millions pour le seul Sud-Kivu, devenu l’épicentre de la crise selon l’ONU. Entre octobre 2025 et février 2026, le bureau des droits de l’homme des Nations unies a documenté plus de 6 700 victimes de violations, un bilan qu’il juge « probablement très en deçà » de la réalité. Sur le terrain, les hostilités se poursuivent dans le Rutshuru, à Walikale et sur les hauts plateaux de Fizi.
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Reste une équation simple et cruelle. Les signatures de Washington et de Doha ont créé un cadre, des comités et un calendrier ; elles n’ont pas ramené l’État à Goma ni les déplacés chez eux. Tant que le protocole sur l’autorité de l’État ne sera pas ouvert, et tant que Kigali et Kinshasa attendront chacun le premier geste de l’autre, la paix restera ce qu’elle est aujourd’hui : un document que tout le monde signe et que personne n’applique.