Diaspora & Identité « L’argent a détruit ma famille » : la confession sans filtre de Romelu Lukaku
Belgique

« L’argent a détruit ma famille » : la confession sans filtre de Romelu Lukaku

Meilleur buteur de l’histoire des Diables rouges, Romelu Lukaku se confie sans filtre sur la pauvreté de son enfance et la façon dont l’argent a fracturé sa famille — jusqu’au conflit autour des funérailles de son père, Roger Lukaku, décédé à Kinshasa.

« L’argent a détruit ma famille » : la confession sans filtre de Romelu Lukaku
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 5 JUIN 2026 - 18:09 WAT · 6 min de lecture

Romelu Lukaku a marqué des buts, gagné des titres et bâti l’une des carrières les plus impressionnantes du football belge. Mais derrière l’image du grand attaquant, aujourd’hui au Napoli et toujours meilleur buteur de l’histoire des Diables rouges, le joueur continue de porter une histoire familiale lourde, faite de pauvreté, d’ascension sociale brutale et de déchirures intimes. En juin 2026, il venait encore de marquer son 90e but avec la Belgique, après une longue période marquée par les blessures et les difficultés personnelles.

Dans un podcast diffusé en ligne, il s’est confié : « Il y a des moments où je me disais que je préférais la misère dans laquelle on vivait avant. On n’avait rien, mais on savait qu’on vivait bien à quatre : mes parents, mon frère et moi. Après, quand l’argent est arrivé, ça a détruit ma famille. »

La phrase est dure, mais elle n’est pas isolée dans le parcours de Lukaku. Le joueur a souvent raconté que son enfance n’avait rien d’un conte de fées. Dans un texte publié en 2018 dans The Players’ Tribune, il se souvenait du jour où, enfant, il avait compris que sa famille était sans argent : sa mère mélangeait de l’eau au lait pour que cela dure plus longtemps. Il évoquait aussi les coupures d’électricité, l’absence d’eau chaude, le pain emprunté à la boulangerie du quartier et le poids d’un père, Roger Lukaku, ancien footballeur professionnel, arrivé en fin de carrière alors que l’argent avait disparu.

Cette pauvreté a longtemps été présentée comme le moteur de sa carrière. Lukaku raconte qu’à six ans, il s’était promis de changer la vie de sa mère. Il voulait devenir professionnel à seize ans. Il y est presque arrivé au jour près : il a signé son premier contrat à Anderlecht le 13 mai 2009, puis a débuté avec l’équipe première à 16 ans et 11 jours.

Mais la réussite n’a pas tout réparé. Elle a déplacé les tensions. Elle a fait entrer l’argent, les attentes, les sollicitations et les conflits dans une famille déjà traversée par l’exil, la pression sociale et le poids du nom Lukaku. C’est ce que la phrase laisse entendre : avant, il y avait le manque, mais aussi un noyau familial clair. Après, il y a eu la célébrité, les contrats et un entourage devenu plus difficile à maîtriser.

Le drame le plus récent s’est joué autour de la mort de son père. Roger Lukaku, ancien international zaïrois et ancien joueur de clubs belges comme Boom, Seraing, Germinal Ekeren, Malines ou Ostende, est décédé à Kinshasa le 28 septembre 2025, à l’âge de 58 ans. Romelu et son frère Jordan avaient prévu d’organiser ses funérailles en Belgique, à la basilique de Koekelberg, à Bruxelles. Mais la cérémonie n’a finalement pas eu lieu comme prévu.

Dans un communiqué publié sur Instagram et repris par l’agence EFE, les deux frères ont affirmé avoir tout tenté pour faire rapatrier le corps de leur père en Belgique. Ils ont aussi dénoncé des « décisions prises à Kinshasa » et dit se sentir victimes d’extorsion de la part de certains membres de leur famille congolaise. Selon leurs propres mots, cette situation les a empêchés d’accompagner leur père comme ils l’auraient souhaité.

Cet épisode donne un relief particulier aux propos de Lukaku sur l’argent. Il ne s’agit pas seulement d’un footballeur riche qui regretterait son enfance pauvre. Il parle d’un basculement : celui d’une famille passée de la précarité à l’exposition mondiale, puis confrontée à des tensions où l’argent, l’héritage symbolique et les décisions autour d’un corps deviennent des enjeux de conflit.

Roger Lukaku n’était pas seulement « le père de Romelu ». Il avait lui-même connu une carrière de footballeur, entre le Congo, la Côte d’Ivoire, la Belgique et un passage en Turquie. Mais après sa retraite, l’équilibre familial s’était fragilisé. Dans son récit personnel, Romelu explique que la carrière de son père était terminée quand la famille s’est retrouvée sans ressources. Ce contraste est central : le fils deviendra une star mondiale précisément à partir d’une blessure économique laissée par la fin de carrière du père.

La mort de Roger a aussi marqué sportivement le joueur. En mars 2026, après un but décisif avec Naples, Lukaku avait reconnu que les mois précédents avaient été difficiles sur le plan personnel. Il avait alors expliqué continuer pour ses enfants, ses frères et son club, tout en évoquant la douleur de la perte de son père.

C’est ce qui rend sa confession aussi forte. Romelu Lukaku ne dit pas que la pauvreté était belle. Il sait mieux que quiconque ce qu’elle coûte : la honte, le froid, les coupures, les repas arrangés, les enfants qui comprennent trop tôt les soucis des adultes. Mais il suggère que l’argent, en arrivant, a aussi fait exploser des équilibres familiaux fragiles. La réussite a sauvé sa mère de la précarité. Elle n’a pas protégé la famille des divisions.

L’histoire de Lukaku rappelle ainsi une vérité souvent occultée dans les récits de réussite sportive : sortir de la misère ne signifie pas toujours sortir du drame. Parfois, l’argent donne les moyens de vivre mieux, mais il attire aussi des attentes, des dépendances et des conflits que la pauvreté gardait dans l’ombre.

Dans le cas de Lukaku, le symbole est cruel. L’enfant qui voulait sauver sa famille est devenu l’un des footballeurs les plus puissants de sa génération. Mais au moment de dire adieu à son père, il s’est retrouvé face à une blessure que ni les buts, ni les contrats, ni la gloire n’ont pu résoudre.

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B
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