Justice Assassinat de Vally Amisi : ce que l’enquête a établi, de la nuit du 9 avril à l’interpellation de Brazzaville

Assassinat de Vally Amisi : ce que l’enquête a établi, de la nuit du 9 avril à l’interpellation de Brazzaville

Les autorités ont abandonné la thèse de l’enlèvement. Deux séquences de vidéosurveillance ont réorienté l’enquête sur la mort de Vally Amisi vers son entourage immédiat, jusqu’à l’interpellation du 2 août à Brazzaville.

Assassinat de Vally Amisi : ce que l’enquête a établi, de la nuit du 9 avril à l’interpellation de Brazzaville
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 4 AOÛT 2026 - 13:05 WAT · 5 min de lecture

Pendant près de quatre mois, la mort de Vally Amisi a été racontée comme un enlèvement. Ce n’en était pas un. Les autorités ont écarté cette hypothèse pour se concentrer sur l’entourage immédiat de la victime, et c’est de ce basculement qu’est sortie l’interpellation du 2 août à Brazzaville.

Vally Amisi, de son nom complet Amisi Issa Vally, était vice-président du club Nouvelle Vie Bomoko FC et opérateur sportif établi en Afrique du Sud, où vit une importante communauté congolaise. Il a été tué dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 avril 2026, dans la commune de la Gombe à Kinshasa. Son corps a été découvert le 10 avril derrière un hôtel du Beach Ngobila.

Affaire Vally Amisi : la vidéosurveillance a retourné l’enquête

Deux séquences vidéo ont fait basculer le dossier. La première montre Vally Amisi entrant dans une chambre en compagnie d’un individu, qui en ressort seul et vêtu différemment. La seconde a filmé un comportement suspect à proximité de l’endroit où le corps a été retrouvé.

Ces images contredisent le récit initial. Le 11 avril, le premier compte rendu public présentait les faits comme un enlèvement par des hommes armés non identifiés, suivi de coups de feu. Cette version a circulé pendant des semaines dans l’ensemble de la presse congolaise. Elle ne tient plus : ce n’est pas un commando qui a emmené Vally Amisi, c’est quelqu’un qu’il a suivi.

Le 14 avril, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux Guillaume Ngefa Atondoko annonçait l’ouverture d’une enquête judiciaire et la saisine du parquet. Plusieurs personnes en contact avec le suspect avaient déjà été interpellées à ce stade. L’enquête s’est poursuivie dans une capitale sous pression sécuritaire : en mai, le gouverneur Daniel Bumba demandait au comité provincial de sécurité d’intensifier la sécurisation des Kinois ; fin juillet, la police menait des bouclages qui ont conduit à 578 interpellations en cinq jours, après la mort de Prisca Banza à Mont-Ngafula.

Ce que l’homme interpellé dit avoir fait

Mukena Mwepu Benie a été interpellé à Brazzaville le 2 août, trois mois et vingt-trois jours après la découverte du corps. Dans la vidéo de son interrogatoire par la police congolaise de Brazzaville, il décrit une mission limitée : « Moi, le but était juste de l’amener dans l’appartement. Et il y avait des gens bien avant moi ».

Sa version recoupe la vidéosurveillance sur un point : il conduit la victime quelque part. Elle la dépasse sur un autre : selon lui, d’autres personnes attendaient déjà sur place.

Sur l’arme, il écarte toute connaissance technique et toute origine : « On m’avait juste donné ça. Je ne suis pas spécialiste en armes, on m’avait juste donné ça ». Sur le sort du corps, il se dessaisit de la suite : « Il n’était pas enterré. Moi-même, je ne sais pas. Des gens sont venus, ils ont pris ». Cette dernière phrase colle à la géographie du dossier, puisque le corps a été retrouvé ailleurs que là où les faits se sont produits.

Interrogé sur l’existence d’un ordre, il répond : « Oui, sur instructions de quelqu’un de très haut placé ». Il ne prononce aucun nom, et explique pourquoi : « J’ai peur de parler parce que ces gens-là… Ma famille est à Kinshasa ».

De Brazzaville à Kinshasa, ce que prévoit la suite de la procédure

Le ministre de la Justice a présenté l’interpellation comme le fruit de la coopération judiciaire entre les deux Congo, un axe qu’il porte depuis sa mission à La Haye en juin, et a précisé le cadre de la suite : « Les procédures de transfèrement sont en cours, menées dans le strict respect des lois de la République, des droits fondamentaux et du principe de la présomption d’innocence ». Radio Okapi a rendu compte le 3 août de l’état de l’enquête.

La remise d’un suspect depuis l’étranger n’est pas une première pour Kinshasa, qui avait sollicité le Zimbabwe en décembre 2022 pour obtenir l’extradition de John Numbi. Le calendrier dépend toutefois des autorités congolaises de Brazzaville, seules compétentes tant que l’intéressé se trouve sur leur territoire.

Rien de ce que Mukena Mwepu Benie a dit à Brazzaville n’a été dit devant un juge congolais. Ses déclarations ont été recueillies par une police étrangère, dans un pays qui n’instruit pas le dossier. Elles devront être reprises à Kinshasa, où le parquet saisi le 14 avril décidera de ce qu’elles établissent, et où la question des personnes présentes dans l’appartement se posera avant celle du commanditaire. Le dossier y sera traité par une chaîne judiciaire renouvelée par les ordonnances du 28 juillet.

Le trajet de l’homme interpellé entre avril et août, les conditions de sa localisation à Brazzaville et l’identité des personnes qui, selon lui, se trouvaient déjà dans l’appartement relèvent désormais de l’instruction kinoise.

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B
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