Opinion Braquage à Kinshasa ou la République en spetacle!
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Braquage à Kinshasa ou la République en spetacle!

Hier, à la Place des Artistes, Kinshasa a rejoué sa propre tragédie, entre improvisation policière et voyeurisme populaire. Dans ce théâtre à ciel ouvert, la loi s’est déguisée en spectacle, la foule en public hilare, et la honte collective en contenu viral. Edito de Litsani Choukran.

Braquage à Kinshasa ou la République en spetacle!
AFP

Litsani Choukran
Kinshasa - 18 OCTOBRE 2025 - 10:38 WAT · 3 min de lecture
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Hier, à la Place des Artistes, Kinshasa s’est donnée en spectacle. Un spectacle sans ticket, sans metteur en scène, mais avec une distribution complète : policiers, badauds, caméras tremblantes et réseaux sociaux en feu. La République, coiffée de poussière et d’improvisation, y a joué sa tragédie quotidienn, celle où la justice porte des bottes et la dignité, des bleus.

Les policiers, tels des acteurs ivres d’eux-mêmes, surgissent dans le désordre d’un cauchemar filmé en direct. L’un braque, l’autre filme, un troisième commente, tout le monde veut sa part de gloire numérique. Ils violent la présumée coupable, se drapant d’une morale tordue, confondant le zèle avec la barbarie. Ils perquisitionnent comme on brasse du vent : sans méthode, sans science, sans ombre de rigueur. L’ADN ? Les preuves ? Des notions exotiques, importées d’ailleurs, d’un monde où la raison a encore droit de cité.

Et pendant ce temps, la foule. Ah, la foule ! Ce chœur antique sans tragédie grecque. Elle se masse, se penche, se marre. Elle applaudit, plaisante, commente la douleur en direct, comme on commente un match de football. Les uns filment, les autres rient, et tous participent, consciencieusement, à l’effondrement moral de leur propre société. Le sang devient contenu, la honte devient divertissement. L’humanité, elle, s’évapore dans un nuage de poussière et de rumeurs.

Ce qu’on a vu hier, ce n’était pas seulement un crime. C’était une radiographie du chaos, une mise à nu de nos misères collectives. La police n’a pas seulement montré son visage ; elle a offert au monde celui d’un pays qui ne sait plus où placer sa honte. Et la population, spectatrice fascinée, a tenu le miroir avec enthousiasme.

Le spectacle est terminé, les lampions s’éteignent. Chacun peut désormais retourner à sa survie. Les uns, déjà, bricolent leurs théories du complot, entre deux gorgées de désillusion. D’autres affûtent leurs argumentaires politiques, bien décidés à faire de cette journée un tremplin de discours et de calculs. Pendant ce temps, ceux du pouvoir prient pour qu’un autre scandale éclate, plus bruyant, plus sanglant, pour effacer celui-ci des mémoires encore tièdes. Et la vie reprendra son cours, ce cours bancal, en pente douce vers l’oubli.

Dans ce pays en chute libre, tout s’efface vite : les morts, la honte, la colère, la promesse d’un changement. On oubliera, bien sûr. On rira encore, on filmera encore, on applaudira la prochaine tragédie.

Aucune leçon ne sera tirée. Pas même celle, pourtant évidente, qu’une police ne rampe pas par terre quand une centaine de citoyens l’entourent, debout, à dix mètres, en train de la filmer. La République, ici, se vautre,  et tout le monde trouve ça normal.

Le visage montré ici est celui du désordre, de la cruauté devenue routine, de la société qui s’effondre tout en riant. Peu importe ce qu’on en dira : qu’on l’a hérité de Mobutu, de Kabila ou même de Léopold II,  plein de cicatrices, ne justifie pas que l’on s’y allonge. Il faudrait en sortir,  mais pour cela, encore faut-il en avoir envie. Et hier, à la Place des Artistes, Kinshasa a prouvé qu’elle préfère, décidément, le spectacle à la conscience.

Litsani Choukran,

Le Fondé.


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