Ebola : la recherche vaccinale privée de l’échantillon viral de la RDC, sur fond de bataille pour la souveraineté biologique
Plus d’un mois après le début de l’épidémie de Bundibugyo, aucun isolat du virus en circulation en RDC n’a été transféré aux laboratoires qui développent vaccins et tests. Derrière ce blocage apparent, un différend mondial sur le partage des pathogènes où Kinshasa entend ne plus être une simple réserve d’échantillons.
Ebola : la recherche vaccinale privée de l’échantillon viral de la RDC, sur fond de bataille pour la souveraineté biologique
AFP
Les laboratoires qui cherchent un vaccin et des traitements contre l’Ebola qui frappe l’est de la RDC avancent à l’aveugle sur un point : ils n’ont pas le virus de l’épidémie en cours. Plus d’un mois après l’identification de la flambée, ils continuent de s’appuyer sur des échantillons collectés lors d’épidémies antérieures. « Rien ne remplace l’isolat authentique », résume Thomas Geisbert, professeur de microbiologie et d’immunologie à l’University of Texas Medical Branch de Galveston, qui a participé à la mise au point de vaccins contre Ebola.
Le séquençage génétique du virus actuel a bien été réalisé à partir de prélèvements sanguins, comme pour le diagnostic. Mais produire un isolat de qualité recherche est une opération plus exigeante, qui réclame des laboratoires de haute sécurité biologique. Or cet isolat de l’épidémie en cours n’a pas quitté la RDC. « Malgré tant de cas, la communauté scientifique mondiale n’a pas obtenu d’échantillon clinique pour isoler le virus en vue des études d’épreuve sur l’animal nécessaires », constate Jennifer Serwanga, responsable de l’immunologie à l’Uganda Virus Research Institute.
Un blocage que Kinshasa conteste
Les raisons du retard restent floues. Selon des personnes au fait du dossier, citées sous couvert d’anonymat parce que le sujet est politiquement sensible, il refléterait des réserves sur le partage d’échantillons susceptibles de nourrir des produits commerciaux. Le ministère de la Santé et l’Institut national de recherche biomédicale n’ont pas répondu aux sollicitations. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a indiqué qu’aucune demande officielle n’avait été reçue, ce qui fragilise la lecture d’un veto congolais.
La question dépasse l’épidémie congolaise. Depuis le Covid-19, les pays où surgissent les épidémies réclament un contrôle accru sur leurs matériels biologiques. Leur argument est constant : ils ont souvent partagé des virus pour voir ensuite vaccins et traitements développés ailleurs, leurs propres populations n’y accédant que tardivement, ou pas du tout. Ce contentieux est au cœur des négociations bloquées, à l’Organisation mondiale de la santé, sur un système d’accès aux pathogènes et de partage des bénéfices, dernier verrou de l’accord sur les pandémies. Les discussions formelles reprennent en juillet.
L’isolat manque, mais pas le vaccin
La pénurie d’échantillon n’arrête pas la recherche, tiennent à préciser les scientifiques eux-mêmes. Les séquences génétiques de la souche en circulation la montrent très proche des virus Bundibugyo de 2007 et 2012, ce qui permet d’avancer sur les candidats vaccins. L’isolat apporterait une confiance que l’analyse des séquences seule ne donne pas, en autorisant des essais sur modèles animaux dans des conditions maîtrisées, mais il n’en est pas la condition.
Reste l’urgence du terrain. L’épidémie, due à une souche pour laquelle aucun vaccin ni traitement n’est homologué, a touché plus de 1 100 personnes en RDC et en Ouganda selon les bilans de fin juin, et le décompte officiel congolais le plus récent fait état de 1 307 cas et 377 décès. La riposte se heurte à l’insécurité, aux déplacements de population, à la faim et aux trous de la surveillance dans l’Est. Un médecin rentré en France après une mission humanitaire dans une zone très touchée a été diagnostiqué cette semaine, signe que le virus ne s’arrête pas aux frontières.
Pour Kinshasa, l’affaire pose une question qui n’est pas que technique. « Pour la plupart d’entre nous, l’idée est simplement d’acheminer médicaments, vaccins ou tests là où ils sont nécessaires », plaide Robert Garry, virologue à l’université Tulane. « C’est extrêmement difficile, et tout ce qui complique le processus n’aide pas. » Entre l’exigence scientifique et le refus d’être une réserve d’échantillons sans contrepartie, la RDC cherche le point où sa souveraineté sur le vivant sert d’abord les Congolais menacés par le virus.
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