Budget 2027 : quels secteurs risquent de payer le prix des arbitrages budgétaires ?
En visant 18 milliards de dollars de recettes en 2027, le gouvernement congolais affiche une ambition budgétaire inédite. Mais si les ressources attendues ne sont pas au rendez-vous, l’exécutif devra choisir entre financer l’effort de guerre, payer les salaires des agents publics ou maintenir les investissements destinés au développement.
Budget 2027 : quels secteurs risquent de payer le prix des arbitrages budgétaires ?
AFP
La préparation du budget 2027 place le gouvernement de la République démocratique du Congo devant une équation délicate. Réunis dans le cadre des conférences budgétaires, les ministères et services publics sont appelés à défendre leurs besoins financiers, tandis que l’exécutif ambitionne de porter les recettes propres de l’État à 18 milliards de dollars, contre une projection de 15,3 milliardsen 2026.
Le vice-Premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito, présente cette trajectoire comme un levier pour accompagner les priorités nationales et atteindre, à l’horizon 2035, un niveau de recettes de 40 milliards de dollars. Il a toutefois insisté sur la nécessité de bâtir un budget fondé sur la « vérité budgétaire » et sur une mobilisation accrue des recettes fiscales et non fiscales.
La sécurité, une priorité difficilement compressible
Depuis la résurgence des combats dans l’Est, les dépenses consacrées à la défense et à la sécurité occupent une place croissante dans les finances publiques. Les opérations contre l’AFC/M23, les ADF et d’autres groupes armés mobilisent des ressources importantes, auxquelles s’ajoutent les besoins en équipements, en logistique et en rémunération des forces engagées. Dans ce contexte, une réduction significative des crédits sécuritaires apparaît peu probable, tant que la situation militaire demeure instable.
L’autre poste de dépenses difficile à réduire concerne la rémunération des agents publics. Le gouvernement poursuit la mécanisation de nouveaux fonctionnaires, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’administration publique. Les revendications salariales restent fortes, tandis que les recrutements destinés à améliorer les services publics continuent d’alourdir la masse salariale.
Ces dépenses, considérées comme obligatoires, limitent les marges de manœuvre pour financer d’autres politiques publiques.
Les investissements en première ligne
Si les recettes projetées ne sont pas entièrement mobilisées, les premiers arbitrages pourraient concerner les investissements.
Les projets d’infrastructures routières, d’électrification, d’adduction d’eau potable, de développement agricole ou encore de modernisation des équipements publics sont souvent les premières variables d’ajustement lorsqu’un État fait face à des contraintes budgétaires. Or, ces investissements sont également essentiels pour stimuler la croissance, améliorer les conditions de vie et renforcer les recettes futures. Le risque est donc de reporter des projets structurants afin de préserver les dépenses jugées incompressibles.
Miser sur de meilleures recettes plutôt que sur de nouvelles coupes
Pour éviter ces arbitrages, le gouvernement mise sur une amélioration de la mobilisation des recettes. L’objectif repose notamment sur la modernisation des régies financières, la lutte contre la fraude, l’élargissement de l’assiette fiscale et une meilleure valorisation du potentiel économique du pays.
La réussite de cette stratégie dépendra largement des performances de la Direction générale des impôts (DGI), de la Direction générale des douanes et accises (DGDA) et de la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD), appelées à accroître les recettes sans freiner davantage l’activité économique.
Le budget 2027 sera ainsi un exercice d’arbitrage permanent entre les impératifs de sécurité, les dépenses sociales et les investissements. Si l’objectif de 18 milliards de dollars est atteint, le gouvernement disposera de marges supplémentaires pour financer ses priorités. Dans le cas contraire, il devra faire des choix difficiles, avec un risque réel de ralentir certains projets de développement afin de préserver les dépenses considérées comme vitales.
Au-delà des chiffres, la crédibilité du futur budget dépendra donc moins des ambitions affichées que de la capacité de l’État à transformer son potentiel fiscal en recettes effectivement encaissées.
Odon Bakumba