Cacao : la RDC formalise son adhésion à l’accord international, entre promesses et réalités de la filière
Cacao : la RDC formalise son adhésion à l’accord international, entre promesses et réalités de la filière
AFP
Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a consacré une tribune, publiée dimanche, aux retombées attendues de l’adhésion de la République démocratique du Congo à l’accord international sur le cacao. Il y présente cet engagement comme un « bouclier » et un « accélérateur économique direct pour les vaillants planteurs du cacao congolais », et en détaille douze impacts répartis en quatre piliers, du prix payé au producteur à la certification, en passant par le financement des coopératives et le désenclavement des bassins de production. La démarche marque une étape réelle, mais l’essentiel de ce qu’elle promet reste à construire.
Un rappel s’impose sur la nature de l’accord. Il ne s’agit pas d’un texte nouveau daté de 2026, mais de l’accord international sur le cacao de 2010, administré par l’Organisation internationale du cacao, l’ICCO, dont la RDC est signataire depuis novembre 2011. Ce que Kinshasa a accompli récemment relève de la formalisation, la signature au siège de l’organisation, transféré de Londres à Abidjan, le 2 juin 2026, puis la promulgation de la loi de ratification par ordonnance présidentielle rendue publique le 13 juillet. La RDC prend ainsi pleinement sa place dans une organisation de cinquante et un États, exportateurs et importateurs.
Les bénéfices annoncés par le ministre sont ambitieux. Selon lui, l’accord doit permettre des mécanismes de fixation des prix intégrant le coût d’une vie décente pour le paysan, un meilleur pouvoir de négociation face aux acheteurs, l’accès à des financements internationaux pour les coopératives avant même la récolte, une certification gratuite du cacao congolais, une traçabilité numérique et une remise en état des routes reliant les bassins de l’Est aux ports. Il fixe pour horizon l’entrée de la RDC dans le trio de tête des producteurs mondiaux d’ici 2030. Ces objectifs relèvent, à ce stade, de la projection politique. L’accord de l’ICCO est un cadre de coopération, de statistiques et de gouvernance, il ne fixe pas administrativement le prix payé au planteur et ne garantit aucun financement automatique.
Sur le terrain, la filière part de loin. Les exportations congolaises de cacao sont passées de 47 346 tonnes en 2021 à 92 220 tonnes en 2025, selon l’Institut national de la statistique, une progression de près de 95 %. Le cacao de Beni, dans le Nord-Kivu, jouit d’une réputation de qualité, et la culture s’étend en Ituri, autour de Mambasa, et dans la Tshopo. Ces quelque 90 000 tonnes placent néanmoins la RDC parmi les producteurs marginaux, à moins de 2 % de la production mondiale, quand la seule Côte d’Ivoire en récolte près de deux millions de tonnes.
Le principal obstacle n’est pas l’accès aux marchés mais la sécurité. Les bassins de production de l’Est sont ravagés depuis 2014 par les massacres des Forces démocratiques alliées, les ADF, affiliées à l’État islamique. Planteurs tués, champs abandonnés, pistes coupées, la violence entrave la production avant même qu’elle n’atteigne l’exportation. Le ministre le reconnaît en partie, puisqu’il évoque une unité mixte police-douane-armée pour sécuriser les plantations, une réponse dont la mise en œuvre reste à démontrer.
À cela s’ajoute le contexte du marché. Après un record historique proche de 12 900 dollars la tonne en décembre 2024, le cours du cacao s’est effondré autour de 3 900 dollars en juin 2026, une chute qui fragilise les revenus des planteurs. Et le règlement européen contre la déforestation, qui impose depuis fin 2025 aux grands opérateurs une traçabilité de chaque lot jusqu’à la parcelle, menace l’accès du cacao congolais au marché de l’Union européenne. C’est là que se joue la portée réelle de la certification vantée par le ministre. La ratification donne à la RDC un siège et des outils, la transformer en revenu pour le paysan dépendra de l’exécution, sur la sécurité, les routes et la certification, autant de chantiers encore ouverts.
Dollar à 2 250, « stabilité » annoncée : pourquoi le panier du Kinois ne baisse pas
Contrat sino-congolais : le gouvernement lance l’audit annuel du partenariat « infrastructures contre mines »