1998-2003 : la « guerre mondiale africaine » et Sun City
En 1998, une nouvelle rébellion éclate à l'Est. Le conflit s'élargit jusqu'à impliquer une demi-douzaine d'armées étrangères. On l'a appelée la guerre mondiale africaine.
À peine un an après avoir porté Laurent-Désiré Kabila au pouvoir, ses anciens alliés se retournent contre lui. En 1998, une nouvelle rébellion éclate à l’Est, soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, qui avaient pourtant aidé à renverser Mobutu. Mais cette fois, le scénario éclair de 1997 ne se répète pas. Kabila trouve à son tour des appuis, l’Angola, le Zimbabwe, la Namibie envoient des troupes pour le défendre. Le conflit s’enlise et s’élargit jusqu’à impliquer une demi-douzaine d’armées étrangères sur le sol congolais. On l’a appelée la guerre mondiale africaine.
Le nom n’est pas exagéré. Par le nombre de pays impliqués, par l’étendue du territoire concerné, par la durée et surtout par le coût humain, ce conflit est l’un des plus meurtriers que le monde ait connus depuis la Seconde Guerre mondiale. Les estimations du nombre de morts, directs et surtout indirects, par la faim, la maladie, l’effondrement des services, se comptent en millions, même si les chiffres précis font l’objet de débats méthodologiques. Ce qui ne se discute pas, c’est l’ampleur de la catastrophe, et le fait qu’elle s’est déroulée loin des projecteurs du monde, dans une indifférence relative qui reste une blessure.
Derrière les armées, il y a les ressources. Le coltan, l’or, les diamants, le bois de l’Est congolais financent la guerre et l’entretiennent. Des réseaux d’exploitation se mettent en place, qui font des minerais à la fois un enjeu et un carburant du conflit. Cette imbrication entre la guerre et les richesses, documentée par des rapports internationaux, installe durablement à l’Est une économie de prédation dont le pays ne s’est jamais totalement libéré. La malédiction des ressources, présente depuis le Katanga de 1960, atteint ici l’un de ses sommets.
Le conflit charrie aussi son lot de drames intérieurs. En janvier 2001, Laurent-Désiré Kabila est assassiné, épisode que cette série raconte à part. Son fils Joseph lui succède et engage une recherche de sortie de crise. Après des années de combats, de massacres et de négociations, un processus de paix aboutit. Les accords conclus, notamment lors du dialogue intercongolais tenu à Sun City, en Afrique du Sud, posent les bases d’une transition. C’est la formule dite un plus quatre, un président et quatre vice-présidents représentant les anciens belligérants, censée réconcilier le pays et le conduire vers des élections.
Sun City n’a pas effacé la guerre, et c’est important de le dire. La transition a permis d’arrêter le conflit à grande échelle et d’organiser, en 2006, les premières élections pluralistes, que cette série raconte plus loin. Mais à l’Est, la violence n’a jamais vraiment cessé. Des groupes armés sont restés, d’autres sont nés, et les ingérences voisines ont continué sous d’autres formes. La paix signée dans un palace sud-africain n’est jamais tout à fait descendue dans les collines du Kivu.
Soixante-six ans après l’indépendance, cette guerre est la matrice directe du drame actuel de l’Est. Les acteurs ont changé de nom, les fronts se sont déplacés, mais la logique demeure : des groupes armés, des parrainages étrangers, des minerais convoités, et des populations civiles qui paient le prix le plus lourd. Comprendre 1998-2003, ce n’est pas se pencher sur un conflit clos. C’est lire l’acte fondateur d’une guerre qui dure encore, et mesurer combien la paix, au Congo, reste un chantier à reprendre sans cesse.
Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.
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